La filière bois secouée par la razzia chinoise

La France n’exporte pas assez. Le solde très négatif de notre balance commerciale est là pour en témoigner. Mais il arrive aussi qu’elle exporte trop. C’est le cri d’alarme qu’a lancé la Fédération nationale du bois rassemblant les industriels et artisans scieurs et transformateurs. Ils font face actuellement à une pénurie de matière première, situation paradoxale dans l’un des pays les plus producteurs d’Europe.

En cause, une forte pression sur les prix, conjugaison de plusieurs phénomènes. D’abord une reprise économique vigoureuse dans certains pays dans le secteur de la construction, se cumulant avec une très forte demande émanant de la Chine, notamment sur le chêne, alors que ce pays, pour préserver ses forêts, réduit sa propre production, mais aligne les yuans pour acheter en masse sur le marché mondial. Quant à la Russie, pays producteur majeur, elle a de son côté purement et simplement décidé de stopper ses exportations de grumes de bois.

Résultat : les prix grimpent en flèche. C’est une bonne nouvelle pour les coopératives forestières, mais une très mauvaise pour les industriels et artisans transformateurs qui ont du mal à s’aligner devant des cours aussi élevés. Et les achats parfois massifs de bois se font souvent dans la plus grande opacité par des mandataires n’ayant aucune obligation d’indiquer la destination de leurs acquisitions.

De plus, le marché mondial ainsi orchestré est grand émetteur de carbone puisqu’il implique d’énormes transferts de matière première revenant ensuite sous forme de produits finis, mobilisant de gros moyens de transports dans un sens comme dans l’autre. Une hérésie sur le plan écologique.

La fédération a mobilisé tous ses moyens, ces derniers mois, pour faire entendre sa cause et contrer cette loi du plus offrant qui pourrait se révéler catastrophique pour toute la filière, d’autant que les arbres ne poussent pas comme le maïs. Et qu’une razzia sur la matière première peut impacter toute la filière pendant des années.

Le message a été visiblement reçu puisque ce week-end, Jean Castex, Premier ministre vient d’annoncer une série de mesures rapides, comme l’octroi d’une enveloppe supplémentaire de 100 millions d’euros s’ajoutant aux 200 millions déjà prévus dans le plan de relance. Vendredi, il a également saisi la commission européenne pour qu’elle prenne des mesures de sauvegarde de façon à éviter « le pillage de nos ressources forestières ». Jean Castex a aussi déclaré « ne pas exclure des mesures conservatoires » si l’Union européenne ne réagit pas rapidement. Il a enfin demandé à l’Office national des forêts de développer au maximum des contrats d’approvisionnement avec les scieries françaises pour éviter que les productions de bois ne s’évadent ainsi au jeu opaque des enchères.

René Perez
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