CMB Arkea. Un chèque de 5 millions dur à encaisser

Sur la route escarpée de son indépendance ardemment désirée, le CMB Arkea nous fait aller de surprise en surprise. Alors que ses deux principaux dirigeants, Jean-Pierre Denis et Ronan Le Moal étaient engagés dans un long bras de fer avec la Confédération nationale de Crédit mutuel dont ils voulaient définitivement se séparer, on apprit d’abord que le second nommé, directeur général, quittait l’entreprise à sa demande, à l’âge de 48 ans. En plein champ de bataille, l’un des deux généraux désertait, ce qui provoqua tout de même l’étonnement général.

Quelques mois plus tard, ce fut au tour de Jean-Pierre Denis d’annoncer qu’il allait « prendre du recul », expression d’une légèreté confondante quand on sait à quel point le groupe Arkéa, détenu par le Crédit mutuel de Bretagne, était engagé dans une difficile épreuve de force. Dans un second temps, le PDG du groupe annonça qu’il allait, à son tour, quitter l’entreprise, laissant provisoirement les rênes à Hélène Bernicot et Anne Le Goff, dans l’attente de la nomination d’un successeur.

Dans un contexte de conflit inextricable avec la Confédération, le scénario du double départ était déjà extravagant. Il est devenu confondant avec l’annonce d’un chiffre tombant comme une bouteille de butane sur un bac à fleurs  : pour son départ, Ronan Le Moal a touché un chèque de 5 millions d’euros au titre de rémunérations et indemnités ! 5 millions, pas moins. Et il ne s’agit ni d’un licenciement, ni d’un départ à la retraite. Juste une sorte de rupture conventionnelle avec 5 millions à la clé, ce qui constitue une grande première dans le ciel breton, a fortiori pour un groupe dont la maison-mère est encore régie par les vertueux principes du mutualisme.

Ce chiffre, cité par Le Monde et Le Télégramme, a suscité de nombreuses réactions outrées sur les réseaux sociaux, s’étonnant que des administrateurs bénévoles aient pu accepter une prime de départ volontaire aussi extravagante. Mais justement, il faut savoir qu’il y a eu, là aussi, un profond changement. Car en réalité, il est loin le temps des administrateurs bénévoles et du Crédit mutuel version Louis Lichou. Actuellement, de grosses indemnités sont accordées aux administrateurs du CMB Arkea. Elles sont même allées jusqu’à 120.000 euros par an pour un vice-président de ce conseil, présidé par Jean-Pierre Denis. Soit 10.000 euros par mois pour une dizaine de réunions par an ! Les autres membres du CA ont des jetons de présence moins fructueux, mais ils s’élèvent tous à plusieurs dizaines de milliers d’euros annuels par administrateur. Avec de telles indemnités, il faut avoir une vertu de moine franciscain pour s’opposer à certaines décisions venant d’en haut.

Si, sur la forme, ces départs aussi royalement indemnisés sont choquants, l’affaire l’est aussi sur le fond. D’abord parce que c’est en lançant une mobilisation générale sous couvert d’une prétendue sauvegarde de l’emploi menacé que les deux dirigeants ont rameuté l’ensemble des collectivités régionales et suscité de multiples soutiens (dont celui de Bretagne-Bretons). Jusqu’à 15.000 personnes lors d’une manif à Brest pour une menace fantôme ! Si c’était pour en arriver là… Dans l’immédiat, on n’a pas encore enregistré de réactions des élus et collectivités engagées dans cette démarche. Mais comment condamner fermement ce qu’on a soutenu ardemment ?

Cette volonté de scission, elle-même, était-elle si nécessaire alors que les principales pépites du groupe sont déjà des sociétés indépendantes (Suravenir, Financo, Federal Finance… une quarantaine au total), sous le régime de sociétés anonymes, donc sans statut mutualiste et totalement indépendantes de la Confédération nationale de Crédit mutuel. Ce sont elles qui ont valu au groupe Arkea de brillants résultats qu’il faut mettre au crédit de Jean-Pierre Denis et Ronan Le Moal. En notant toutefois que les résultats de l’autre grand groupe français de Crédit mutuel, celui de l’Est de la France, ne sont pas moins flatteurs.

Restent deux chiffres à connaître. Combien ont coûté les cabinets d’avocats d’affaires qui depuis des années ont accompagné toutes les procédures contentieuses, y compris devant les instances européennes, pour une affaire qui se termine aussi piteusement  ? Quand on connaît le tarif horaire d’un avocat d’affaires international, on n’ose imaginer le montant total qu’il sera probablement bien difficile de connaître, tant il doit être dilué dans la masse. Et puis, deuxième chiffre attendu, quel sera maintenant le montant du chèque de départ de Jean-Pierre Denis ?

René Perez
12 Commentaires
  1. Lemonnier-Lebrun

    Bonjour. A-t-on des informations sur une date d’arrivée d’un nouveau président ? Un nom avait circulé en avril et depuis le silence règne. Le 15 mai approche : c’est la date que l’on m’a donnée pour une solution d’un feuilleton qui dure depuis ??? 2002, 2003 ?

    • Roger Le Bris

      Julien cardonna, dg délégué de Nexitis, copain de Jp Denis, même pas sociétaire du Crédit Mut, obligé d’observer une jachère, un président intérimaire (sans rire) va être élu, on n’est plus à un scandale près…

    • Marcus Hadock

      Bonjour?
      Le début c’est 2007 quand le ver est entrer dans le fruit. C’est un peu long mais édifiant. La source vient d’un article de France 3 Bretagne de 2016 :
      CMB-Arkéa et « Vent Debout »
      2008, Jean-Pierre Denis prend les rennes du groupe CMB-ARKEA (Bretagne, Clermont-Ferrand et Bordeaux).
      Il était jusque là au cabinet de Chirac à la mairie de Paris puis au cabinet de Sarkosy à l’Elysée. Avant son arrivée, la rémunération des dirigeants du CMB ne dépassait pas 100 000€.
      Depuis lors, la rémunération de JP Denis est passée à plus du million d’euros.
      Son ambition, dès son arrivée, était de prendre la place de Michel Lucas, président de la confédération du CM et du CM 11-CIC. Il s’est vite rendu compte qu’il n’y arriverait pas.
      Le CM11( Strasbourg, Paris, Lyon, Marseille, Valence, Toulouse, Nantes, Laval, Chateaudun, Evian et Arras) pèse, à lui seul, plus de 60% du bilan global du Crédit mutuel et possède, à ce titre, la majorité absolue au niveau de la CNCM.
      Courant 2009/2010, JP Denis décide de créer la SCD (Société des Cadres de Direction) qui devient prestataire de service du CMB et de ses filiales et a tout loisir d’être prestataire pour n’importe quelle autre entité. Les rémunérations ne sont donc plus décidées et versées par le CMB, Mais par cette SCD.
      JP Denis s’affranchit alors de toute participation au conseil d’administration de la CNCM et s’insurge contre la situation de concurrence du CIC sur le territoire d’activité du CMB-ARKEA ; (Rappelons que le CIC est contrôlé par le CM11).
      Il entame, alors, un bras de fer avec la CNCM, visant à être totalement indépendant de cette dernière, tout en conservant la marque Crédit Mutuel.
      Déjà, Arkéa possède sa propre informatique, ses propres filiales d’assurances (vie et iard), de banque en ligne (Fortunéo).
      Il estime donc pouvoir se passer de la CNCM qui n’avait, jusqu’à présent, qu’un pouvoir de contrôle à posteriori par l’intermédiaire de l’inspection confédérale. M Lucas, se saisit d’une anomalie de statut de la CNCM (loi 1901) qui ne permet pas à la Banque Centrale Européenne de contrôler son fonctionnement, pour bâtir un statut coopératif, plus conforme aux réglementations européennes.
      Les représentants du CMB Arkéa ne participent pas, volontairement, à la rédaction de ces nouveaux statuts qui organisent la vie et les décisions du groupe au plan national, mais précisent également les règles de subordination en matière de gestion, d’investissements, de ratio prudentiel des fédérations vis à vis de la CNCM. Nous en sommes là aujourd’hui.
      Sentant le rapport des forces lui échapper, JP Denis instrumentalise une association baptisée Vent Debout pour l’Emploi, crée par lui, financée par la direction du CMB.
      Sous prétexte d’un abandon du pouvoir de décision du CMB, cette « association » alarme les élus politiques en demandant leur soutien et communique sur les risques de suppressions d’emplois au sein d’Arkéa.
      Les salariés des caisses et du siège subissent une pression énorme pour adhérer à cette association et participer à une manif organisée le 24 janvier 2015.
      Il s’agit d’une véritable manipulation des esprits.
      En effet qui peut comprendre qu’une entreprise qui choisit de quitter un réseau national puisse le faire en conservant le nom de cette marque ?
      Il existe au sein du CM national, une obligation de solidarité interfédérale.
      En prenant la décision de se séparer de la CNCM, le CMB-Arkéa ne bénéficie plus de cette solidarité. Il se trouve donc, vu sa taille, dans l’obligation de présenter des ratios de gestion des risques draconiens, ce que ne manquera pas de lui imposer la BCE.
      En résumé : La guerre des chefs entre Denis et Lucas se transforme en un conflit grave, économique et politique qui n’a que très peu d’impact sur la CM11-CIC du fait de sa taille, mais qui conduit le CMB a se fragiliser gravement. Seul, le CMB-Arkéa tiendra difficilement et ce sont les salariés qui en ferons les frais. Le seul responsable en est JP Denis qui, lui, pourra se vendre ailleurs.

  2. Le Bail

    Excellent article René. Un autre collectif des mutualistes inquiet se bat depuis longtemps contre la politique de ses dirigeants, heureux que les bretons commence à ouvrir les yeux et découvre la véritable nature de leur combat.
    Le mutualiste, la défense de l’emploi en Bretagne, ne sont pas leur raison d’être, seul compte le profit personnel qu’ils tirent de l’entreprise
    JPLB

  3. Roger Le Bris

    Vous ouvrez enfin les yeux Monsieur, avec mes amis, les mutualistes inquiets, cela fait des années que nous dénonçons cette dérive. Jamais l’autonomie d’arkea n’a été menacée, jamais l’emploi n’a été menacé. Vaste manipulation de Jp Denis, un mégalomane déçu de s’apercevoir qu’il ne serait jamais président de la Confédération du Crédit Mutuel. Et toute la classe politique et la presse régionale a suivi comme un seul homme. Vous trompez encore sur un point : les brillants résultats…la seule filiale rentable est Suravenir (la vache à lait du groupe), croisons les doigts pour ne pas assister à un effondrement des fintechs, dans lesquelles Arkea est l’un des groupes financiers le plus engagé.
    Le pire est sans doute à venir.
    Roger Le Bris. Salarié du CMB durant 37 ans. Ex délégué syndical national CFDT Crédit Mutuel.

    • ire

      Bonjour M. LEBRIS,
      Toujours de très bonne réflexion de votre part.
      D’après le règlement du Crédit Mutuel, il faudrait non seulement être sociétaire mais avoir été président d’une caisse de Crédit Mutuel durant 2 années.
      Enfin, des vrais amateurs ces deux là !

      • Roger Le Bris

        Bonjour,
        Oui, mais depuis le temps qu’Arkea tord les statuts ( cf. L’atterrissage de JPD bombardé vice-président sans même être sociétaire, et que dire des parts variables illégales)…

  4. Hervé Péran

    Comparez les chiffres du Communiqué du Crédit Mutuel Arkéa ci-dessous avec le montant du chèque perçu par l’ancien DG.
    Vous découvrirez ce qu’est le Mutualisme pour Jean Pierre Denis !

    ———————
    06/05/2021

    Le Crédit Mutuel Arkéa reconduit le budget exceptionnel de plus de 4 M€ dédié aux Solidarités pour l’année 2021
    Le Conseil d’administration du Crédit Mutuel Arkéa a voté à l’unanimité le renouvellement pour 2021 de l’enveloppe exceptionnelle de 4,18 M€ déjà allouée en 2020 aux dispositifs de solidarités pour soutenir durablement les sociétaires et clients les plus impactés par la crise sanitaire. En 2020, 6 650 sociétaires et clients particuliers, professionnels et associations, ont ainsi bénéficié d’un soutien financier, sous l’impulsion des administrateurs des caisses locales du Crédit Mutuel de Bretagne et du Crédit Mutuel du Sud-Ouest, en charge de l’attribution de ces aides.

    • Marcus Hadock

      C’est doublement une arnaque de la part de JP Denis !
      En effet, en février 2020, le CMAF par l’intermédiaire des ACM a proposé à ses entrepreneurs clients/sociétaires du Crédit Mutuel de financer une “prime Covid” qui a coûté presque 200M€ si je me rappelle bien.
      Chacune des 18 fédérations du Crédit Mutuel pouvait décider de suivre ou pas. La seule qui n’a pas suivie est le Crédit Mutuel Arkéa, bref JP Denis qui démontre en même temps sa vue d’esprit concernant la centralisation des prises de décisions qui n’est pas la même pour Arkéa dans les médias et en intra-groupe.
      Il lui fallait garder l’argent pour acheter 3 “château” pour “diversifier les placements et parce que j’aime bien ce vin” (dixit JP Denis). Cette mégalomanie, durant la période de Covid, d’un coût de 200M€ à coûté la place au DG Suravenir et quelques autres, parce que contre cette aberration.

  5. Hervé Péran

    Toute la presse régionale ne reprend pas ?
    C’est pourtant un scandale financier qui abîme le Mutualisme…
    Non ?

  6. Marcus Hadock

    Bonjour,
    J’ai mis mon casque pour ne pas entendre le silence assourdissant de Oue…t Fran…e !

  7. Marcus Hadock

    A monsieur René PEREZ,
    Excellent article même si je trouve que vous êtes d’une certaine gentillesse envers ces 2 personnages.
    Je me permets juste de préciser que “prendre du recul” pour JP Denis vient après sa tentative avortée par la Confédération, de modifier les statuts du CMB Arkéa pour valider les rémunérations variables (inégales) et la demande de la dite Confédération “d’exiger” la mise en conformité du Crédit Mutuel Arkéa (au statut mutualiste et la validation de la Conf des “gros” investissements des fédérations. (voir la création de la Société des Cadres Dirigeants Arkéa pour l’une et l’achat intempestifs d’achats de “château” dont Calon Ségur qui n’est pas dans les 200M€).
    Ce n’est que mon avis et j’en suis persuadé que dans le milieu feutré bancaire et pour sauver la face, cela voulait juste dire que “si tu ne mets pas les voiles en démissionnant de tous les mandats Crédit Mutuel, nous allons te poursuivre sur le pénal”. parce que tout ce qui s’est passé depuis 2020 va dans ce sens.

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