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Agriculteurs-riverains. Histoires de combat

Gérard Yven. « Pas envie que notre région devienne un EHPAD en plein air »

Gérard Yven est membre de la chambre d’agriculture. Il a suivi de très près les trois dossiers que nous évoquons.

Sait-on combien de projets sont bloqués dans le Finistère et en Bretagne ?

C’est très difficile à dire : les gens préfèrent se taire. Tout le monde a peur de rentrer dans la phase judiciaire et médiatique. On imagine mal la souffrance endurée et l’impression de rejet. Etre empêché de travailler alors même que les projets répondent aux attentes sociétales, n’être considéré par la meute bien-pensante que comme une source potentielle de nuisances à éliminer… Il faut vraiment un bon soutien des proches pour pouvoir le supporter.

Le projet de Carantec, c’est le rejet pur et simple du monde agricole en milieu urbain ?

Carantec est une ville côtière ou certaines familles d’agriculteurs sont installées depuis plus de 100 ans. Or, aujourd’hui, sous le prétexte que le cadre est beau il faudrait délocaliser les activités des entreprises, je dis bien les entreprises au sens large, pour la quiétude de quelques-uns. Ceux qui sont en vacances ou à la retraite. Cela n’a pas de sens, surtout lorsque l’on voit ce qui est fait : Carantec, comme d’autres endroits en Bretagne, est devenu un lieu de capitalisation. On n’y vit plus, on y investit dans l’immobilier. Il n’y a qu’à voir la multiplication des AirBnb sur le territoire…

Il n’y a pas de dialogue possible avec les opposants ?

Le temps judiciaire étant ce qu’il est, pourquoi viendrait-ils dialoguer avec nous ? Ils savent qu’ils peuvent bloquer un projet pendant des années, poussant ainsi les porteurs de projet à abandonner. C’est pour cela que nous demandons l’instauration d’un nouveau système pour le monde de l’entreprise : des juges dédiés qui interviendraient en amont des recours pour savoir s’ils sont justifiés. S’ils le sont, ok, la phase judiciaire pourra débuter. Mais s’ils ne le sont pas, cela serait tranché immédiatement. Moi, je n’ai pas envie que notre région devienne un EHPAD en plein air. Il en va de l’avenir de nos jeunes, qu’ils soient agriculteurs ou autre.

Julien Perez Manon Motir
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