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Agriculteurs-riverains. Histoires de combat

Yohan Antoine « On veut manger local, pas que ça se passe près de chez soi... »

Témoignage de Yohan Antoine. Suite au recours de 19 riverains, le producteur de viandes bovines et ovines garde le silence et trime en plein air après avoir subi des actes de malveillances et un recours en justice, pour le projet de construction d’un bâtiment à Plobannalec.

“Personne ne veut de bœuf aux hormones venu d’Amérique. Mais si la France ne produit pas bien, le consommateur ira voir ailleurs.Manger bio et local est devenu un enjeu de société qui vise à préserver les ressources et approvisionner sainement les consommateurs. Consommateurs qui plus que jamais recherchent la rassurance que leur apporte le système de circuit-court. Paradoxalement, on veut manger local, mais faut quand même pas que ça se passe trop près de chez soi…”

Les troupeaux broutent bio

Bientôt labellisé bio et certifié du label le plus strict qui soit, à savoir Nature et Progrès, Yohan Antoine est de ces jeunes agriculteurs qui se donnent une ligne de conduite irréprochable en faveur d’un type d’élevage salutaire (écopâturage sur des races à faible effectif et des terres parfois classées Natura 2000) et donc de productions saines. Malgré cela, il s’est pris des bâtons dans les roues de la part de riverains.

yoTourmenté par cette guéguerre de quartier, il pousse nécessairement la réflexion à l’ensemble du système et l’avenir de l’agriculture toute entière. Pour l’éleveur, si le plein air intégral est difficile à gérer, il travaille au moins à l’abri du ramdam et c’est là le prix de sa liberté.

Dispatchés sur différentes parcelles de Plobannalec-Lesconil, Treffiagat, Tréguennec, Saint-Jean-Trolimon, Plonéour-Lanvern et Pluguffan, les troupeaux de Yohan Antoine broutent bio toute l’année, sans toit aucun. Moins de dix bretonnes pie noir, 120 moutons des landes de Bretagne heureusement suffisamment rustiques pour encaisser rudesse!

Le Oui de la commission des sites

C’est à Plobannalec que Yohan Antoine a cédé à la proposition d’un voisin fortuné qui n’aurait pas désarmé pour l’empêcher de construire. Un silence acheté mais qui reste en travers de la gorge. Ancien éleveur canin, Yohan Antoine a suivi une formation de chef d’exploitation en 2013. Après avoir progressivement étoffé son cheptel, il a créé l’entreprise “Pâtures oubliées” en automne 2017. Des débuts fastidieux pour ce producteur de viandes bovines et ovines qui ne jure pourtant que par une agriculture basée sur un système herbagé, sans aucun complément céréalier ni enrubané.

Si ses animaux pâturent toute l’année sur le littoral bigouden, à l’époque, la construction d’un bâtiment demeure vitale. La Commission des sites ne fait aucune objection et dit oui aux 334 m2 de bâtiment sur les terres de Lescatouarn. S’ensuit le permis de construire, en janvier 2018.

C’est alors que se forme un groupe de 19 opposants pour déposer un recours qui aura définitivement raison du projet d’agriculture un an plus tard. “Après mûre réflexion, j’ai vendu mon terrain en février 2019. L’offre de mon voisin était sans équivoque, soit je rétrocédais ma parcelle, soit je courais à ma perte. Trois ou quatre ans de procédure, vivre sur le qui vive, non merci…”

Voilà qui témoigne des impressions de Tiers-état et de privilèges évoquées par ailleurs, lors de la réunion d’agriculteurs qui s’est tenue à Taulé.

Un usage ponctuel

Mais alors que l’utilité du bâtiment ne fait pas de doute, son usage serait néanmoins resté ponctuel. C’est ce qu’a essayé de défendre Yohan Antoine. Il devait faire office d’infirmerie, servir de lieu de tonte et de contention et par dessus tout d’agnelage. Car Yohan Antoine a déploré 19 % de taux de mortalité l’hiver dernier. Un fâcheux score dû aux gels, que l’éleveur cherche à solutionner dans son coin, pour ne pas faire de vagues.

“Je décale les vêlages et agnelages sur des périodes clémentes et favorables aux naissances.” Quant à se projeter sur un autre terrain de la commune, une zone à déboires qu’il définit désormais de “psychologiquement noire” Yohan Antoine reste, pour l’heure, très dubitatif… “J’ai beau avoir le soutien des élus, de la Chambre d’agriculture, je n’ai pas envie de vivre dans la crainte permanente de malveillances et j’ai bien peur de déplacer le problème.”

Pâtures oubliées. Livraison à domicile de viandes bovines et ovines.

Tél. 06 59 81 69 00.

Julien Perez Manon Motir
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