Vote des agriculteurs. Le désamour européen

La campagne s’invite à la campagne. Au salon de l’Agriculture, presque tous les candidats à la présidentielle vont défiler et même si Mélenchon a décidé d’aller planter ses choux ailleurs, la classe politique viendra en rangs encore plus serrés que d’ordinaire. Normal. Ce salon est un événement unique par sa taille où le monde politique vient creuser son sillon à l’approche de la mère des élections. Mais au fil des ans, c’est également devenu un univers hostile aux grandes formations politiques, bien loin de l’époque où Jacques Chirac entrait au salon comme César jadis à Rome. En faisant le V de la victoire.

Aujourd’hui c’est plutôt vers le Front national que le vote des agriculteurs s’est détourné, du moins si on en croit les sondages indiquant que 35 % d’entre eux sont prêts à voter pour le FN, soit environ 10 points de plus que les autres catégories sociales. En Bretagne, il est probable que la proportion est un peu moindre mais souvenons-nous qu’aux dernières européennes, le parti de Marine Le Pen serait arrivé en tête en Bretagne s’il n’y avait pas eu la liste protestataire de Christian Troadec, le maire de Carhaix, pour freiner l’expansion spectaculaire du FN dont l’audience fut longtemps confidentielle dans la région de naissance de Jean-Marie Le Pen.

La raison, il faut probablement aller la chercher du côté de Bruxelles, bien plus que dans les autres ressorts qui valent à sa fille héritière cette place en virtuelle tête de file de la présidentielle. Pendant longtemps, l’Europe a été bienveillante pour la filière agricole française et la Bretagne, malgré ses éruptions frondeuses, savait ce qu’elle devait au soutien européen. Et pas seulement en agriculture. Bien d’autres secteurs ou grands projets n’auraient pu se réaliser, entre autres Océanopolis à Brest. Le vote en Bretagne était à l’époque très pro-européen, en tête de toutes les régions françaises.

Mais avec l’élargissement progressif, à partir des années 90, les priorités ont changé. Le centre de l’Europe s’est déplacé vers l’Est et les chouchous de Bruxelles ne poussaient plus sous les mêmes latitudes. Avec à la clef, une sorte de mécanique infernale : le massif soutien financier aux nouveaux venus, devenant par là même de nouveaux concurrents, puis l’institution du régime des travailleurs détachés des pays de l’Est, payés 2 ou 3 euros de l’heure. Y compris en Allemagne où n’existait encore aucun salaire minimum. Dans l’agriculture comme dans l’agroalimentaire, le rouleau compresseur allemand, bénéficiant de ce doping-dumping autorisé, a taillé des croupières à ses homologues français en les évinçant de multiples marchés.

En moins de deux décennies, l’Europe bienveillante est devenue la sorcière aux dents vertes pour le monde agricole et agroalimentaire français qui a pris la déferlante de plein fouet. Etonnez vous après cela que les discours très anti-européens de Marine Le Men rencontrent autant d’échos dans les campagnes. Elle n’a plus qu’à ramasser. Les autres candidats auront beau se multiplier au salon de l’Agriculture, ils sont comme ces dirigeants européens qui prétendent mettre des batons dans les roues de Marine Le Pen après lui avoir servi le vote agricole sur un plateau.

René Perez
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