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Amphoris, entreprise brestoise, propose d'immerger des bouteilles de vin pour accélérer leur vieillissement

Les vins vieillis en mer tiennent bien la marée

La Bretagne n’est pas connue pour ses vignobles mais elle devient une référence pour les vins vieillis en mer. Et on ne se contente plus de quelques immersions un peu folkloriques.

La société Amphoris, créée par deux associés à Brest, ambitionne même de passer au stade industriel. Les chiffres parlent pour elle : pour deux de ses clients, elle vient d’immerger 4.000 bouteilles dans les parages d’Ouessant dont le prix de vente à l’unité sera supérieur à 50 euros. On vous laisse faire le calcul : c’est au minimum une cargaison de 200.000 euros qui vient d’être immergée à une profondeur trop importante pour susciter la convoitise de plongeurs amateurs de grands crus.

Obscurité, température, humidité

Car bien entendu, ce n’est pas du vin de table en bouteilles trois-étoiles (le vin des aveugles, disaient les anciens) que l’on immerge ainsi. Un vin médiocre restera de toute façon médiocre. Ici ce sont des crus choisis qui partent en apnée dans les profondeurs, au nom de ce postulat qui veut qu’un vin immergé en mer vieillisse mieux que dans une cave. Et ce n’est pas nouveau puisque depuis longtemps déjà, des capitaines au long cours faisaient vieillir du vin sur le moelleux roulis de leurs bateaux, à condition bien sûr qu’ils n’affrontent pas des mers trop agitées.
Et puis, depuis quelques années, la Bretagne a été touchée par cette nouvelle tendance de l’immersion en mer où le vin bénéficie de l’obscurité totale, la température constante et l’humidité maximum, le tiercé gagnant de la conservation des meilleurs vins. A Saint-Malo, c’est même du champagne qu’on immergea après la découverte de bouteilles trouvées sur une épave vieille de plus de cent ans. Le champagne avait très bien vieilli.
Ici et là on se lança dans des expériences, comme à Billiers (56) où deux bouteilles de la même cuvée de bordeaux Château Maubastit furent mise en vieillissement, l’une en mer, l’autre dans la cave d’un hôtel. A l’arrivée, le constat des experts fut formel : le vin vieilli en mer semblait avoir deux ans de plus.

Des pros du dépot

Dans tous les départements bretons, on a ainsi vu (ou pas!) des casiers de vins plonger en immersion, parfois dans des parcs à huîtres par commodité et surveillance plus aisée. Mais de la simple expérience entre amis on est passé au stade de la professionnalisation avec l’apparition de quelques de petites sociétés dont Amphoris est aujourd’hui le fer de lance, avec Brest comme entrée dans la cave à vins la mieux protégée du monde.
C’est par bateau quittant le port que les bouteilles (1.500 l’an dernier, 4.000 cette fois) gagnent les parages d’Ouessant où elles sont immergées sur les sites à l’abri des dragues des pêcheurs et des velléités des plongeurs sous-marins. Ils ne s’aventurent pas à plus de 50 mètres de profondeur, fixée par la loi et la prudence, surtout dans des parages comme ceux-là. Quant aux propriétaires des vins, ils sont à l’abri de la tentation d’aller, de temps en temps, relever les casiers pour s’offrir une incomparable ivresse des profondeurs.

René Perez
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