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Viandes cancérigènes. Le coup du lapin

Mettre la viande rouge et Justin Bridou au même rang que la cigarette ou l’amiante, forcément ça fait flipper. Les réactions se sont multipliées dans le monde entier après cette annonce-choc qui a fait un double effet en Bretagne, région d’élevage. Elle n’avait pas besoin d’un nouveau coup du lapin.

Faudra-t-il bientôt mettre la photo d’un estomac gangrèné sur les paquets de jambon avec la mention « Manger tue » ? On peut aujourd’hui s’attendre à tout depuis que le Centre international de recherche contre le cancer, un organisme dépendant de l’Organisation mondiale de la santé a annoncé, cette semaine, que la viande rouge et la charcuterie sont « probablement cancérigènes ». En Allemagne à moitié paniquée, un ministre est intervenu pour dire qu’on peut continuer à manger des saucisses, les Américains tiennent à bout de bras des études démontrant les bienfaits de régimes à base de viande et dans la pampa argentine, les éleveurs de bovins sont prêts à tirer sur tout ce qui bouge tellement ils sont énervés. Caramba ! cette annonce a fait un effet boeuf.

Le mot qui tue

Que l’abus de viande soit néfaste à la santé, on le sait depuis des siècles. D’ailleurs, à la Révolution où on remettait tout en cause, même les familles les plus aisées prirent de la distance avec les produits carnés pour se mettre au vert et aux légumes de la même couleur, au nom de la Liberté, l’Egalité et la Frugalité. C’était la fin de l’ancien régime, à tous les niveaux, ! Depuis, toutes les études sur la question ont abouti aux mêmes conclusions : les excès de viande sont néfastes à la santé et peuvent même être fatales. C’est pas un scoop !

Mais le Centre de recherche international sur le cancer a vocation, comme son nom l’indique, à rechercher toutes les causes de cancer. C’est son job, sa mission et sa garantie de ne pas être du jour au lendemain supprimé pour insuffisance de résultat. Donc, il cherche et il a « probablement » trouvé. On dit « probablement » car c’est le terme employé par cet organisme pour faire le lien entre viande rouge-charcuterie and co et le cancer.

Problème : peut-on accoler ces deux termes : cancer et probablement ? Si on prononce le premier, ne doit-il pas être accompagné d’une mention sans nuance du genre indubitablement, inévitablement, immanquablement, obligatoirement ou à l’évidence. Non, cette filiale de l’OMS sort « cancer », le mot qui tue, en l’accompagnant de « probablement ». Sur un sujet aussi sensible que celui-là, soit on est sûr, soit à la ferme, surtout quand on est aussi nombreux à bosser là dessus.

Donc, nous savions depuis des siècles que l’abus de viande tue et nous découvrons maintenant que c’est « probablement » d’un cancer. Ca nous fait une belle jambe au regard de l’effet dévastateur provoqué par cette annonce.

1 sur 1.000

Et statistiquement, ça donne quoi ? D’après cet organisme, la mortalité due à la viande rouge se situe entre 30.000 et 50.000 personnes dans le monde. Quand on sait que la terre porte 7 milliards d’humains et qu’on compte chaque année environ 60 millions de décès sur terre, la mort par absorption irraisonnée de viande représente 1 pour 1.000. C’est un peu plus que le risque d’être mordu par la chouette enragée de Bigard mais ce n’est statistiquement pas l’hécatombe. Surtout quand on sait que chaque année, la malnutrition enfantine représente 40 à 50 décès pour 1.000. Sûr que tous ces malheureux préfèreraient mourir à 88 ans, devant une côte de bœuf, d’un malaise pour excès de viande rouge qui sera d’ailleurs plus « probablement » coronarien que cancéreux.

Le centre international de recherche contre le cancer a indubitablement fait preuve de légèreté (ou choisi volontairement la provocation) en lançant crûment cette annonce sur le cancer, assortie d’un « probablement » particulièrement indécent, sans insister suffisamment sur la quantité qu’il faut absorber pour risquer une tumeur cancéreuse.

Cet épisode nous renvoie à cette demande exprimée auprès du pape, par un groupe de chrétiens, il y a quelques années. Ils l’ont sollicité pour qu’il remplace, dans la liste des Sept péchés capitaux, le mot « gourmandise » par le mot « gloutonnerie » qui était celui d’origine en latin mais mal traduit en français ultérieurement. Le pape Jean-Paul II, qui avait « probablement » d’autres sujets à traîter, ne donna pas suite. Dommage. S’il l’avait fait, cette obédience de l’OMS aurait peut-être pris la précaution de déclarer : « la gloutonnerie de viande est probablement cancérigène ». Et personne n’y aurait trouvé à redire.

 

René Perez
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