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Vallée des Saints. Un brûlot met le feu aux poudres

L affaire Benalla étant soluble dans l’eau de mer, on n’avait plus de polémique à se mettre sous la dent pour nous aider à supporter ces envolées caniculaires. Alors on ne remerciera jamais assez Jean-Marc Huitorel, critique artistique autoproclamé, d’avoir rallumé une mèche en signant, dans Libération, une tribune au vitriol sur la Vallée des Saints, qui abrite à ce jour une centaine de statues géantes de saints bretons, à Carnoët dans le Centre-Bretagne. Belle polémique de saison.

La charge est cependant si caricaturale qu’elle en devient vite surréaliste pour ceux qui connaissent le site et sa vocation. Du reste, le texte s’ouvre sur une photo cherchant visiblement à représenter trois bigotes devant la statue d’un apôtre dans un sanctuaire religieux, alors que sur ce site d’accès libre et gratuit, même les chiens peuvent aller gaillardement se soulager au pied d’un saint, édicule géant pour clébard dans le besoin.

Vallée des Saints et lobby du granit !

Mais Jean-Marc Huitorel a visiblement chaussé des lunettes déformantes au point même de voir dans ce santuaire la main d’un lobby du granit breton, le terme lobby prenant ici une curieuse dimension quand on sait qu’il ne reste plus en Bretagne que quelques entreprises survivant difficilement sous les coups de boutoir du granit chinois à bas coûts. Et pourquoi pas un lobby des sabotiers bretons ?

Bien sûr, il ne voit ici que bondieuseries et des marchands du temple autour de saints qui, selon lui, sont diversement reconnus par l’Église. Ce qui prouve sa connaissance du sujet. En réalité, sur le milliers de saints répertoriés par les spécialistes de la question, pratiquement aucun n’a reçu l’onction de Rome. Ils ont été élevés à ce rang par la vox populi, simples saints de villages pour la plupart, et la dévotion qu’ils suscitaient était bien loin de celle des footballeurs actuels.

Et que dire quand l’auteur constate, en se tenant le menton « que l’art moderne ici n’a pas existé, ou bien par flash de kitsch surgis de l’inconscient des burins ». Son subconscient lui a surement fait penser à bourrins mais il n’a pas osé. Il a juste mis burins.

Pratiquement tout est du même tonneau, jusqu’à parler « d’escroquerie » (c’est ballot pour un site d’accès gratuit) et comme on s’en doute, sa charge estivale a suscité une foule de commentaires sur les réseaux sociaux, ce qui a fait sortir cette tribune du cénacle auquel elle était adressée. Mais ne croyons pas que le flot de réactions soit l’apanage de Bretons offusqués. Bien des commentateurs vont dans la même sens que l’auteur, jusqu’à parler de l’Inquisition et des horreurs dont l’Église s’est rendue responsable. Ce n’est pas faux, à condition de rappleler que les champions du monde de la discipline s’appellent Hitler, Staline, Mao ou Pol-Pot et que ce n’est pas précisément la religion qui inspirait leurs œuvres.

Par ailleurs, jamais dans son article l’auteur, qui vit à Rennes, n’évoque l’attractivité territoriale des lieux qui, vu de la capitale bretilienne, est certainement moins un enjeu que pour la Basse Bretagne. sa vision « poétique » verrait cet Ouest Breton réservé à un désert vert pour bobo de toute sorte.

Mais la bande à  Philippe Abjean, inspirateur et concepteur de ce site, a su créer sur un site pour le moins improbable un vecteur d’attractivité touristique, économique mais aussi sociétal. En effet, ce sont plus de 4000 mécènes et partenaires qui se sont déjà retrouvés autour des statuts. C’est une première victoire.
Mais que dire des plus de 300 000 visiteurs accueillis l’année dernière sur le site ? Et du million espéré bientôt qui générera des retombées pour tout le Centre-Bretagne ?

Philippe Abjean répond

Ce brûlot ne pouvait rester sans réponse de la part de Philippe Abjean.
Ce qu’il a fait dans Le Télégramme. Voici quelques extraits

« le crime dont nous sommes coupables est de faire mémoire des « racines chrétiennes » de la Bretagne qui seraient un frein au « multiculturalisme amplifié par les phénomènes migratoires ». Tout est dit. Nous devrions gommer notre histoire, débaptiser nos communes porteuses du nom d’un saint, bientôt raser nos églises et nos calvaires, laisser place à une sous-culture mondialisée et à un art déraciné… Pas de chance M. Huitorel. Ce combat je le revendique, j’assume cet héritage spirituel et culturel breton, ne vous en déplaise. Car je sais combien une culture est vivante et combien les totalitarismes commencent par l’effacement des mémoires collectives…

Alors, puisque vous l’ignorez, je vais vous dire quel est le secret de la Vallée des Saints ? Elle est un lieu de toutes les transmissions. Transmission de son histoire lointaine, celle des migrations d’Outre-Manche à l’époque mérovingienne, en offrant aux chercheurs une exceptionnelle opportunité d’explorer plus avant ces temps obscurs de la naissance de la Bretagne. Transmission culturelle à travers la valorisation de ces récits de fondation que sont nos mythes et nos légendes que vous semblez renvoyer à l’imaginaire d’un peuple primitif. Transmission artistique tant il est vrai que nos sculpteurs ne se contentent pas de copies mais ajoutent à leur création leur sensibilité, leur humour, leur sens du détournement. Transmission spirituelle aussi bien sûr. Mais votre grille de lecture marxiste ne vous permet pas de comprendre cela… »

Bretagne Bretons
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