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Des personnalités se mobilisent pour Brittany Ferries

Des personnalités appellent à sauver Brittany Ferries “quoi qu’il en coûte”

Un collectif de personnalités, parmi lesquelles in retrouve Olivier de Kersauzon, Jean Louis Etienne ou encore Erik Orsenna, a publié vendredi 9 avril dans le journal Le Monde une tribune pour la défense de Brittany Ferries. Avec le Brexit, la compagnie maritime navigue en eaux trouble. L’an passé, les pertes d’exploitation ont atteint 140 millions d’euros. Vendredi 9 avril, la Région Bretagne votait un nouveau soutien de 6 millions d’euros pour l’opérateur breton. Les temps sont durs pour le premier employeur de marins français. C’est ce qu’on voulu rappeler les signataires de cette tribune

“Percutée de plein fouet par les deux vagues successives que sont le Brexit et la pandémie, la Brittany Ferries est aujourd’hui en danger grave et imminent. Elle émet des messages de détresse, mais, à ce jour, les réponses ne sont pas obtenues. Allons-nous abandonner derrière nous cette institution, et avec elle ces générations de visionnaires ? Que resterait-il alors de l’âme et de la fierté d’être un pays côtier ? Quand la tempête mute en ouragan, on n’abandonne ni passagers ni équipage.

Brittany Ferries , c’est aujourd’hui un village breton de plus de 2 500 âmes. Avec 20 % des effectifs de la marine marchande française, c’est bien le premier employeur de marins français. C’est, en commémoration du cinquantenaire du débarquement en Normandie, le transport du plus gros contingent de véhicules militaires depuis le 6 juin 1944 et, par deux fois, celui du Tour de France. Brittany Ferries , c’est aussi, en quelque sorte, la flotte de transport française de réserve.

Le slogan de Brittany Ferries , « Une autre idée du voyage », a fait d’elle l’un des symboles de l’Europe. Près de cinquante ans de vie commune avec l’Angleterre. Des allers-retours permanents vers la Grande-Bretagne, l’Irlande et l’Espagne, comme un service public européen. Certains jours, avec un peu d’imagination, l’on peut voir derrière l’île de Batz, dans la fraîcheur d’une brume matinale, le soleil se refléter sur les courbes d’acier du Musée Guggenheim. Une autre idée du voyage, en effet. Un phare, mais aussi un exemple.

L’histoire de Brittany Ferries , c’est un peu de notre histoire à tous. Une histoire française. En 1972, les paysans bretons, avant-gardistes, créèrent de toutes pièces un port et achetèrent un navire afin d’exporter leur production légumière en Angleterre. Ce faisant, ils ont donné naissance à la première start-up française. Mais ils ne se sont pas contentés d’inventer un modèle économique, ils ont aussi donné vie à des ports, des navires, de fiers et valeureux équipages ainsi qu’à des croisières. Une aventure humaine. Un avenir commun et l’institution au-dessus de tout le reste. Celle dont les femmes et les hommes forgent la clé de voûte.

De nos jours, alors que des fleurons de notre économie délocalisent à tour de bras leur production à l’étranger, la Brittany Ferries continue d’arborer le pavillon français. Ses navires sont de plus en plus nombreux et respectueux de l’environnement, et y servent des marins français formés dans nos écoles de la marine marchande, nos lycées maritimes. « Ils ne savaient pas ce que c’était impossible, alors ils l’ont fait. » C’est exactement ce qu’il s’est passé du côté nord de la Bretagne, en 1972, et les paysans bretons n’ont jamais baissé pavillon depuis.

Laisserons-nous une nouvelle fois mourir une compagnie au fleuron national, qui ne demande qu’à continuer de relier les pays celtes par les routes maritimes de l’Ouest ? Laisserons-nous la finance imposer le diktat de sa manière de compter, de compter dans la singularité de cette aventure que pourtant le monde salue ? Ces générations de visionnaires, demi-paysans, demi-marins…
Puisque l’on nous exhorte à inventer le monde d’après, où consommation et profit seraient remis à leur place, il faut aider l’entreprise qui invente cela au quotidien depuis près de cinquante ans. Il faut que tout soit mis en œuvre pour que la mer continue d’être cet « élément de richesse fantastique », que respectait tant Alexis Gourvennec (1936-2007).

Plus encore, on ne peut sacrifier sur l’autel du Brexit et de la pandémie celle qui nous permettra – ce jour d’après – de faire reprendre vie aux liens qui nous unissent aux autres pays européens, et d’en tisser de nouveaux, durables, avec nos voisins d’outre-Manche. Les uns après les autres, d’un même élan, les femmes et les hommes de la Brittany se sont liés par un sort commun, pour un projet commun. Ils l’ont fait sans jamais compter. Ils ont inventé cette pièce maîtresse du monde maritime français et européen qu’est aujourd’hui la Brittany Ferries, et ce sans rien demander en retour.

Ils nous ont tant donné, l’heure est venue de les en remercier. Ces bateaux magnifiques et novateurs, ces femmes et ces hommes des ferries bretons, ces générations de visionnaires, demi-paysans, demi-marins et travailleurs acharnés, la patrie reconnaissante n’a d’autre choix que de les sauver. Et de le faire maintenant, quoi qu’il en coûte”.

Les signataires de cette tribune sont : Antidia Citores, porte-parole d’ONG ; Alain Connan, commandant de la marine marchande ; Louis Cozan, gardien de phare ; Jean-Louis Etienne, médecin, explorateur, écrivain ; Yvon Fauconnier, navigateur ; Pierre-François Forissier, amiral (2S), ancien chef d’état-major de la marine ; Françoise Gaill, directrice de recherche émérite au CNRS, vice-présidente de la plate-forme Océan et climat ; Hubert de Gévigney, contre-amiral (2S) ; Joseph Hardouin, commandant de la marine marchande ; Stéphane Heuet, scénariste, dessinateur ; Christophe Hunkeler, avocat maritime ; Olivier de Kersauson, navigateur, écrivain ; Alain Labbé, navigateur, écrivain ; Olivier Lajous , vice-amiral d’escadre (2S) ; Anne Liardet, navigatrice ; Bernadette Louis, marin de la marine marchande ; Alain Louyot, journaliste ; Yves Marre, explorateur, écrivain ; Lionel Martin, capitaine de terre-neuvas ; Erik Orsenna, de l’Académie française ; Danielle Quaini, commandant de la marine marchande ; Jean-Paul Theron, médecin marin ; Eugène Riguidel, navigateur ; Jacques Rougerie, architecte, océanographe, membre de l’Institut ; Francis Vallat, président-fondateur du Cluster maritime français ; Marc Van Peteghem, architecte naval.

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1 Commentaire
  1. Hory

    Retraité de Brittany ferries, je souscris évidemment pleinement à cette déclaration de soutien.
    Gérard Hory

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