La Ville-Close de Concarneau. Jean Jacques Abalain // Creative Common

La Ville-Close de Concarneau. Jean Jacques Abalain // Creative Common

Tourisme. Dupin bénit pour la Bretagne

En allemand, ça s’appelle Bretonischer Stolz. En français La fierté bretonne. C’est un téléfilm destiné au public allemand et le tournage qui se déroule actuellement en Bretagne a fait étape dans un lieu insolite. Le préfecture de Quimper et sa prestigieuse salle Jean-Moulin, magnifique salle de réunion tout en bois, réalisée il y a un siècle. Il n’y a pas de petites économies. L’Etat qui cherche lui aussi de nouvelles ressources financières loue son patrimoine immobilier pour des tournages de films. D’autant qu’ici, c’était pour la bonne cause. En l’occurrence, le tournage d’un épisode du commissaire Dupin, un policier breton qui fait un tabac de l’autre-Côté du Rhin, au point de susciter un bel afflux de touristes allemands vers le Sud-Finistère.

Déjà 2,2 millions d’exemplaires !

L’histoire est digne du meilleur polar. En mars 2012, un certain Jean-Luc Bannalec publie en Allemagne « Bretonische Verhältnisse – Ein Fall für Kommissar Dupin » (Microcosme breton – Un cas pour le commissaire Dupin). Le succès est immédiat. 500.000 exemplaires vendus en quelques mois. Très vite, les journalistes allemands s’intéressent à l’auteur présumé, qui serait né en 1967 à Brest, de mère allemande. Ils découvrent alors qu’il s’agit en réalité d’un pseudonyme. Le masque de la plume finit par tomber : l’auteur s’appelle en fait Jörg Bong. Il est éditeur allemand. Et il passe ses étés en Bretagne, dans la région de Concarneau où il possède une maison..

La révélation n’altère en rien le succès du commissaire Dupin, un flic parisien sous perfusion de caféïne nommé à Concarneau. Après le premier roman, traduit en français sous le nom de « Un été à Pont-Aven », il y en a eu un second : « Bretonische Brandung : Kommissar Dupin zweiter Fall », en français « Ressac breton » dont l’action se déroule en partie aux Glénan. Puis un troisième, un quatrième, un cinquième… A ce jour, ils ont été vendus à 2,2 millions d’exemplaires en Allemagne. Un succès faramineux.

Et comme toujours dans ces cas-là, la télé a embrayé. Sur la chaîne Das Erste, les trois premiers épisodes ont été vus par 4,5 millions de téléspectateurs. Et jusqu’à la fin juin, c’est une équipe d’une soixantaine de personnes qui sillonne la Bretagne pour le tournage des quatrième et cinquième épisodes.

Des touristes dans les pas du commissaire

Pour la Bretagne, ce Dupin-là c’est vraiment du pain bénit. Dans le sillage du commissaire, des flux de touristes allemands ont mis le cap estival sur le sud-Finistère en allant sur les traces du flic à Concarneau, Pont-Aven, l’île de Sein et bien d’autres endroits. Le même phénomène, mais en plus spectaculaire, que pour Doc Martin, tourné aussi dans le sud-Finistère. Lors de la sortie de « Un été à Pont-Aven », l’office de tourisme de cette cité a calculé que la fréquentation par les touristes allemands avait été multipliée par 2,6 ! Et on sait à quel point ils étaient déjà nombreux, même avant Dupin, à fréquenter la Bretagne.

Alors bien sûr, on croise les doigts pour que cet exemple inspire d’autres écrivains étrangers. Qu’un Espagnol écrive « Tortillas à Daoulas », qu’un Anglais a lunettes rondes publie « Harry Potter à l’école des filles d’Huelgoat » et à l’heure de la mondialisation galopante, il se trouvera bien un écrivain chinois pour imaginer un meurtre dans une usine de lait en poudre sous le titre « Li Chou à Carhaix ».

Julien Perez
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