PHOTO Marcel Mochet

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Thierry Merret. « Les Etats généraux de l’Alimentation ? On démarre mal »

Les États généraux de l’alimentation, promesse de campagne du candidat Macron, ont été lancés le 20 juillet dernier. Agriculteurs, industriels, consommateurs ou encore écologistes, tous ont été invités à ce grand tour de table qui se termine fin novembre. Deux objectifs ont été fixés : améliorer la création de la valeur et le partage de la  production. En attendant les conclusions, Thierry Merret, patron de la FDSEA 29, nous livre ses premiers sentiments.

Les Etats Généraux de l’Alimentation ont été lancés il y a un mois. Débuts réussis ?

Bon, déjà, ce sont des états généraux de l’alimentation, et non de l’agriculture… De plus, avant le 20 juillet, on a reçu un coup de poignard lorsque le ministre de l’agriculture nous a ponctionné de 4,2 % (décision de transférer 4,2% des crédits du pilier de la PAC (Politique agricole commune), consacré aux aides à l’hectare, vers le pilier II, celui des aides ciblées afin de combler en partie le manque de financement des mesures destinées à la politique de développement rural).

Le gouvernement précédent n’avait pas budgété suffisamment pour pouvoir payer les agriculteurs… Maintenant, ils vont le prélever à l’ensemble des agriculteurs. La Bretagne sera sacrément perdante. On estime qu’en moyenne, on va perdre 2500 euros par exploitation laitière alors qu’un exploitant sur deux n’a pas gagné pas 350 euros par mois en 2016. Donc, pour résumer, on démarre mal…

Ces états généraux doivent aborder la question de la rémunération des agriculteurs et de la production…

(il coupe) D’abord, il faut parler de la création de la valeur et du partage de celle-ci au sein de la filière. Moi, ce qui me préoccupe, c’est que nulle part on ne parle de compétitivité. Si nos entreprises ne sont pas compétitives, notamment en raison des distorsions sociales et fiscales, ce sera un coup d’épée dans l’eau. C’est très bien de faire de la démocratie participative en faisant parler les représentants de consommateurs, les représentants de l’écologie, les représentant de la distribution, mais on risque de se fourvoyer en faisant plaisir à tout le monde.  On laisse entendre que l’on ne produit pas assez de qualité, que l’on ne produit pas suffisamment propre, que l’on ne respecte pas assez l’environnement alors que la Bretagne, notamment, a fait déjà beaucoup d’efforts…

Le plan de 5 milliards en investissement prévu par Macron, vous y croyez ?

Je me méfie toujours des grandes annonces qui font beaucoup de milliards. Si c’est pour donner d’un côté et prendre de l’autre… Ce qui est certain, c’est que le pays doit considérer l’agriculture et son agro-alimentaire comme un secteur stratégique. Et nous paysans, groupements de producteurs, coopératives, nous allons devoir faire cause commune. Le politique doit nous aider. C’est pour cela que nous rencontrons en ce moment tous les nouveaux députés bretons.

La première mesure à prendre fin novembre ?

Il faut axer sur la compétitivité. Donc, de suite, il faut de nouvelles approches pour l’entreprise agricole. Le statut de l’agriculteur, en matière fiscal et social doit évoluer. Aujourd’hui, on est soumis à des prix si volatiles… La fiscalité n’est pas adaptée. En la faisant évoluer cela permettrait de faire lisser les revenus d’une année sur l’autre. Cela donnerait de la lisibilité et pousserait peut-être plus de jeunes à s’investir

Encore une fois, il faut faire les efforts pour redonner une dimension stratégique à l’agriculture. Il n’est pas normal que les Allemands ou les Hollandais soient devant nous en matière d’exportations. Nous étions le 2ème pays exportateur derrière les Etats-Unis. Aujourd’hui nous avons reculé au 5ème rang.

Pensez-vous que tous les acteurs de la région tirent dans le même sens actuellement ?

Nous n’avons pas d’autres solutions. Nous devons continuer à être une terre d’expéditions tout en mettant en valeur nos filières de proximité, et la qualité du manger breton. Nous Bretons avons un temps d’avance. Nous sommes exemplaires en matière environnementale et au niveau de la qualité des produits. Maintenant, on sait que la grande distribution reste dans l’incantation. Et ses promesses…

Et lorsque je vois qu’à la tête de l’atelier 5 des Etats généraux, intitulé « Rendre les prix d’achat des produits agricoles plus rémunérateurs pour les agriculteurs », on retrouve quelqu’un de chez Danone (François Eyraud, Directeur général de « Produits frais danone ») avec comme co-président le PDG de sytème U, on a de quoi être un peu circonspect.

Julien Perez
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