75 ans du Télégramme. L’étonnante métamorphose d’un quotidien régional

Depuis Gutenberg, jamais l’imprimerie n’avait connu une telle révolution. La déferlante internet a tout changé et bien des acteurs de l’économie ancienne n’ont pas survécu, y compris dans la presse. Le Télégramme, lui, a su anticiper le tsunami. L’arrivée des nouvelles technologies a permis au quotidien de la pointe bretonne de transgresser ses frontières naturelles, avec d’un côté la mer et de l’autre Ouest-France, le grand méchant loup qui empêchait l’extension vers l’est. Internet a fait exploser les frontières, ouvert de formidables passerelles et Le Télégramme s’y est engagé résolument, avec toute l’audace d’un reclus géographique voyant s’ouvrir devant lui toutes les portes de l’aventure.

Coincé dans son pré carré

Et c’est vrai qu’il était coincé dans son coin, Le Télégramme. Créée à Brest sur les cendres encore fumantes de la Dépêche de Brest, journal de l’avant-guerre, le quotidien de l’ouest breton ne pouvait géographiquement progresser que vers l’est. Mais l’est, c’est Ouest-France, le puissant quotidien de Rennes et Le Télégramme semblait donc condamné à ne vivre que dans son pré carré. Ce qu’il fit avec une belle réussite sous l’impulsion de son Pdg, Jean-Pierre Coudurier, homme de caractère et chef d’entreprise avisé. Tous ses confrères reconnaissaient en lui une grande habileté manoeuvrière, réussissant à faire progresser sans cesse un journal assis sur un territoire pourtant économiquement peu rémunérateur. Dans cette région rurale, le ratio de recettes rapportées par la publicité était très inférieure à la moyenne nationale. Mais les ventes bondissaient d’année en année, portée par la qualité innovatrice du titre (le premier de France à lancer la couleur) et les spécificités d’une région où la vie sociale et culturelle est particulièrement active, donc vivante et fourmillant d’informations. Et où même la météo incite à la lecture quotidienne.

Changement de génération

Avec l’aube de l’an 2000, arrive l’incroyable phénomène internet. C’est aussi l’heure à laquelle se profile la succession à la tête du journal. Elle arrivera opportunément car le changement de génération coïncidera avec la formidable mais redoutable fracture des nouvelles technologies. .

Edouard Coudurier, le jeune successeur s’y engage résolument. Là où son père aurait probablement serré quelques freins, lui, lâche les brides et fonce. Avec son adjoint Jean-Yves Chalm, qui a très tôt senti les formidables opportunités des nouvelles technologies, le nouveau patron du Télégramme investit le net et va contribuer à créer une véritable pépite, RegionsJob, un site national d’annonces d’emplois qui réalise un carton. Le petit quotidien régional a frappé un grand coup.

Et ce sera le début d’une spectaculaire diversification qui vaut aujourd’hui au Télégramme d’être présent dans plus d’une quarantaine de sociétés en France, de compter 900 collaborateurs et d’approcher les 170 millions de chiffres d’affaires. Outre le journal, il détient de nombreux titres de presses multisupports, de Bretagne-Magazine à Mer et Marines, des hebdomadaires régionaux, deux chaînes de télévision (Tébéo et Tébésud), est présent dans plusieurs sociétés de communications et de services et le public est toujours étonné d’apprendre que derrière La Route du Rhum, le Printemps de Bourges ou les Francofolies, c’est le groupe Télégramme qui est à la manœuvre.

L’événementiel et la production de manifestations ou de spectacles est maintenant entrée résolument dans le périmètre du groupe.

Le quotidien régional n’a pas pour autant été négligé. En 2009 et 2015, le Télégramme a décroché le titre de meilleur quotidien de l’année attribué par CB News. Et la Bretagne peut se flatter de posséder, avec Ouest-France et Le Télégramme, deux fleurons de la presse française, faisant de cette région celle qui a le plus fort taux de lecture d’un quotidien régional.

Bretagne Bretons
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