Des taxis-brousse pour les déserts ruraux ?

L’idée est bonne. Et elle fait peu à peu son chemin. Pourquoi ne pas autoriser des particuliers a assurer des transports payants occasionnels dans les zones rurales totalement privées de transports en commun ? Autrement dit, là où les habitants, et notamment les personnes âgées, ont le plus grand mal à se déplacer faute de cars assurant des petits trajets et sont dans l’impossibilité de faire appel à des taxis quand il n’y en a pas sur place. Ou à un tarif trop élevé pour des populations aux moyens généralement très limités.

Dans les zones qui se désertifient, c’est une véritable préoccupation quotidienne à laquelle des élus ou associations essaient de trouver une solution, notamment via l’autostop organisé. Dans plusieurs secteurs de Bretagne, on a ainsi vu fleurir des réseaux locaux, avec le pouce comme dénominateur commun. Octopus, Quest’en pouce, Rézopouce, Les cabanes à pouce… Ici et là, ces initiatives très méritoires se sont mises en place mais ce système d’autostop, gratuit et assuré par des bénévoles, nécessite des inscriptions préalables et manque donc parfois de souplesse.

Avec ce que l’on baptise pour l’instant des taxis « amateurs », on passerait à un stade plus souple mais payant. Des particuliers pourraient suppléer l’absence de transports en commun dans des zones rurales bien définies et selon une activité très encadrée, avec nécessité d’une autorisation préfectorale mais sans l’achat d’une licence de taxi et plafond annuel de rémunérations limité.

Ce projet sur lequel travaille l’État, selon les Echos, pourrait très bien convenir à certaines zones du Centre-Bretagne et permettraient peut-être de créer des emplois inspirés du statut d’autoentrepreneur, terme doublement de circonstance ici. Dans certains départements très désertifiés comme la Creuse ou la Lozère, ce système se justifierait plus encore. Mais bien sûr, les chauffeurs de taxi professionnels, qui ont dû faire l’acquisition d’une licence pour leur activité, ne voient pas cela d’un très bon œil, comme leurs collègues parisiens quand Uber a débarqué. Ils préfèraient nettement que l’on crée des licences spéciales de taxis, avec charges allégées, pour les zones rurales prédéfinies. Et se méfient de taxis clandestins venant se fondre dans la masse.

Ce genre d’activité pourrait, en tout cas, contribuer à revitaliser ce qu’on appelle parfois péjorativement la brousse. Mais les déserts ruraux ne sont pas une fatalité et l’installation de nombreux Anglais dans le Centre-Bretagne témoigne que le mouvement de bascule n’est pas à exclure. La vie trop trépidante des grandes cités et les nouvelles technologies qui permettent de travailler à distance, redonnent à nos zones rurales quelques raisons de croire que leur horizon n’est pas définitivement bouché.

René Perez
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