T’as pas 500 euros ?

Dans les commerces bretons, il est presque partout refusé. Et il n’est pas sûr que même sous les matelas léonards ou bigoudens, on ait une chance d’en trouver un, tant il suscite la méfiance. Chez nous, le billet de 500 euros ne fait pas recette. Mais en ces temps troublés où les instances européennes ont à faire face à des sujets d’actualité brûlants, entre autres la crise agricole, voilà que le billet violet vient de s’inviter lui aussi dans les débats. Faut-il ou non le conserver ?

Pour tout dire, certains pays en ont marre de ce billet et le disent de plus en plus fort. La raison ? Il sert surtout comme argent sale, pour le marché de la drogue, la corruption en col blanc et toutes sortes d’activités illégales car on peut, grâce à lui, transporter des montants énormes dans de petites sacoches. Donc en toute discrétion. Michel Sapin, le ministre des Finances, est allé le redire, la semaine dernière à Bruxelles en rappelant que cette coupure « sert plus à dissimuler qu’à acheter ». Et pas seulement en Europe. Dans le monde entier c’est la valeur refuge du truand de très haut vol car l’équivalent n’existe pas en dollar. Les USA n’impriment pas de billet de 500 dollars, se contentant de celui de 100 qui est, au passage, le plus contrefait au monde.

Mais qui donc a imposé le billet de 500 euros au moment du passage à la monnaie unique ? Les Allemands, bien sûr, qui sont actuellement pratiquement les seuls à en faire un usage très courant. Pendant les vacances d’été, il n’est pas rare qu’ils en sortent dans les magasins bretons mais ils ne s’attirent en général que des sourires polis et un refus qui ne l’est pas moins. Car encore faut-il pouvoir s’assurer qu’il n’est pas faux et avoir de la monnaie à rendre sur 500 euros !

Les Allemands, il faut le préciser, n’ont pas formulé d’exigence exorbitante en demandant la création de cette grosse coupure puisqu’avant la monnaie unique, ils avaient déjà le billet de 1.000 marks qui correspond grosso modo à celui de 500 euros. Et s’ils y tiennent tant, c’est parce que dans leur pays, on ne paye pratiquement jamais par chèque et assez peu par cartes bancaires dont certains commerçants se méfient, surtout quand le code n’est pas obligatoire. Clients comme vendeurs préfèrent généralement les billets de 500 euros pour des gros achats, y compris pour l’acquisition d’une voiture. En Allemagne, en effet, il n’y a pas de montant maximum pour payer en espèces alors qu’en France, on ne peut plus dépasser 1.000 euros (1.500 jusqu’à l’année dernière) sauf pour les touristes étrangers qui peuvent faire des achats jusqu’à 10.000 €, notamment pour s’offrir des produits de luxe dans la capitale.

L’absence de limite chez les Allemands laisse supposer, au passage, que les caisses de ce pays sont bien remplies et que les commerçants ne fraudent pas exagérément, car on imagine ce que cela pourrait donner en pertes de recettes de TVA, dans certains autres pays européens (y compris le nôtre) qui ont tous fixé des montants maximum relativement peu élevé.

Alors, on le garde ou on le supprime le billet des Allemands et des gros truands ? La réponse appartient à la Banque Centrale Européenne, seule instance habilitée à prendre une telle décision. Pressé par plusieurs ministres européens, elle devrait prochainement se prononcer.

René Perez
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