Talus. Halte au massacre de la biodiversité !

Depuis des années, il se bat en solitaire avec le sentiment de prêcher dans le désert. De sa retraite des Abers (Nord-Finistère), Jean-Yvon Birrien, un scientifique qui a notamment travaillé aux Etats-Unis, regarde passer la grande faucheuse avec désolation et une colère à peine rentrée.

La grande faucheuse, c’est celle des véhicules communaux qui viennent raser les talus des bords des routes, généralement trois fois par an. L’automobiliste constate le résultat avec satisfaction, sans avoir conscience des dégâts que fait cette coupe mécanique, notamment au printemps. « Un véritable holocauste de la biodiversité », se désole le Finistérien. Et depuis une bonne vingtaine d’années, il proteste régulièrement mais sans résultat. Dans sa commune, la faucheuse continue mécaniquement son travail en rasant les talus comme une barbe d’à peine trois jours. Tout est haché menu.

Mais sa bataille commence à avoir de l’écho. Les derniers rapports sur les dégâts faits par l’homme sur la biodiversité des campagne témoignent qu’il y a urgence. Les abeilles ne sont pas toutes dans des ruches, loin de là. La majorité d’entre elles vivent leur vie solitaire et ces talus sont souvent leur refuge pour l’hiver.

Les oiseaux de nos campagnes ne sont pas beaucoup mieux lotis. Les dernières données chiffrées sont atterrantes. On n’imaginait pas que la raréfaction de nos petits piafs avait atteint ce niveau. Les insectes ont disparu de nos pare-brise mais aussi du garde-manger de nos moineaux, celui constitué notamment par ces talus où les insectes sont nombreux à prospérer au sein d’une biodiversité protectrice. Jusqu’au passage de la grande faucheuse.

Aiguillonnées par ces rapports alarmistes, de plus en plus de communes adoptent maintenant une procédure de fauchage raisonnée. Elles réduisent notamment de trois à deux le nombre de passages annuels, faisant l’impasse sur celui du printemps où la nature éclate dans toute sa diversité. Cette coupe est supprimée ou décalée. Elles adoptent aussi une hauteur de coupe plus relevée afin de protéger la biodiversité animale ou végétale, autant que faire se peut. Et certaines communes font également des interventions ponctuelles pour empêcher la pousse d’espèces indésirables.

Ces nouvelles pratiques sont bien plus respectueuses de l’environnement. Mais comme nul n’est prophète en son pays, Jean-Yvon Birrien constate qu’elles n’arrivent pas très vite dans son pays des Abers. Et que la Bretagne n’est pas vraiment pas en première ligne.

René Perez
2 Commentaires
  1. Chantal Thilloux

    S’il y a des orchidées sur les talus il est possible de faire bouger les choses car elles sont protégées. Cela a été fait dans le 86. En outre ces rasages facilitent l’effondrement des talus et donc augmente le coût d’entretien des fossés.

  2. Adolphe

    Il me semblait que les tailles d’arbres et massifs étaient interdits jusqu’à fin juillet….??

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