Lait breton. Le groupe chinois Synutra sème le doute

 

Ca sent le roussi. Les actions du chinois Synutra sont en forte baisse en Bretagne où ce géant du secteur laitier suscite de grosses inquiétudes. L’usine que ce groupe a fait construire à Carhaix pour alimenter le marché chinois en lait infantile est loin de donner les résultats escomptés. Il y a déjà plusieurs mois que l’on sait que les relations se sont compliquées avec la Sodiaal, une coopérative qui fournit du lait à cette unité carhaisienne. Les livraisons ont été diminuées de moitié en raison d’une baisse de production dont l’origine n’est pas clairement définie. Le groupe Synutra n’est pas très versé sur la communication mais cette situation témoigne d’évidentes difficultés.

Idem en Normandie où ce groupe chinois est le principal commanditaire de l’usine de Méautis (Manche), construite et financée en 2017 par un groupement d’éleveurs laitiers normands, avec la promesse de Synutra d’écouler en Chine une grande partie de la production. Là encore, le scénario est plombé par une suspension de commandes dont on ne sait si elle est provisoire ou appelée à durer. A cela s’ajoute une situation financière relativement précaire, à en croire un dossier très documenté publié par Ouest-France. Au total, le portrait qui ressort est nettement moins flatteur que celui présenté lorsque ce groupe a lancé son projet en Bretagne.

La Sodiaal annonce qu’elle va prochainement communiquer sur la situation de l’usine de Carhaix et son commentaire est très attendu. Car ce groupe n’est pas le seul en Bretagne à fournir le marché chinois. D’autres coopératives comme Lactalis, la Sill ou Laïta se sont engouffrées dans le plus gros marché mondial, porté par le déficit de productions locales mais aussi et surtout par le retentissant scandale sanitaire chinois de lait pour enfants contaminé. Depuis des années, il alimente la méfiance des Chinois pour leur propre production.

Comme pour le porc, ce marché du lait infantile peut se révéler volatil. Et laisser des plumes derrière lui. Mais peut-on reprocher aux dirigeants de grandes sociétés françaises de prendre des risques pour s’y faire une place ? La réponse est évidente et de l’industrie agroalimentaire aux productions du luxe français, toutes les grandes sociétés savent que la Chine est aujourd’hui un marché incontournable pour trouver des relais de croissance, a fortiori dans les productions excédentaires.

 

René Perez
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