huitres

Un soutien politique à l’huître triploïde

Huître diploïde contre huître triploïde : ce thème-là n’agite pas la campagne présidentielle mais depuis des années, c’est un sujet de controverse chez les ostréiculteurs. D’un côté l’huître naturelle, élevée en mer et de l’autre, l’huître élevée en écloserie, obtenue après un croisement. Cette huître, dite triploïde, est contestée par une partie de la profession pour les risques qu’elle peut représenter pour le milieu naturel. Non, vient de répondre un rapport parlementaire, qui estime que cette huître n’étant pas génétiquement modifiée, ne présente aucun risque puisqu’elle est stérile. Et ne se reproduit donc pas.

4 + 2 = 3

Les huîtres sont comme les humains, porteuses de deux séries de chromosomes et sont dites diploïdes. Mais les Américains d’abord puis les scientifiques de l’Ifremer avec un brevet spécifique, ont réussi à créer artificiellement une huître tétraploïde qui ne possède pas deux séries de chromosomes mais quatre (tétra en grec). A partir de ces « super-reproducteurs » que l’Ifremer conserve précieusement car leur production est coûteuse, des croisements entre tétraploïdes (4) et diploïdes normaux (2), ont donné la fameuse triploïde (3 chromosomes), qui a une particularité unique : c’est une huître stérile. Et qui dit stérilité, dit absence de reproduction. Donc plus d’huître laiteuse pendant les mois sans « r » et des huîtres de qualité constante toute l’année qui consacrent tout leur temps à leur croissance puisqu’elles n’ont pas à se préoccuper de reproduction. En deux ans, elles ont l’âge adulte au lieu de trois pour la diploïde.

Bingo ! La triploïde charnue cumule les avantages et notamment celle d’être de présentation et goût parfaits quand arrive la haute saison, avec touristes déferlant en masse pour goûter ces huîtres dont les Romains étaient si friands qu’ils étaient capables d’en gober quatre douzaines, au risque de passer ensuite au vomitorium.

Arcachon à la pointe de la contestation

L’Ifremer qui conserve précieusement des géniteurs tétraploïdes, les tient à disposition (payante) des éleveurs pour la reproduction dans des écloseries. Mais les détracteurs sont encore nombreux, notamment du côté du bassin d’Arcachon. Et pour cause : on est ici dans le plus grand centre naisseur d’Europe qui alimente la France et même certains pays étrangers en naissains d’huîtres de mer. 70 % des 4 milliards d’huîtres annuelles en France voient le jour à Arcachon.

Les producteurs de ce bassin n’ont donc pas manqué d’attaquer la triploïde, reconnaissable à sa pointe courbée, en mettant en cause les risques qu’elle peut présenter pour l’environnement car selon eux, on n’a aucune assurance qu’elle ne finira pas par se reproduire et affaiblir l’huître naturelle, déjà bien secouée par certains virus. Ils plaident également pour un étiquetage « née en mer » et « née en écloserie » mais cette requête n’a pas eu de suite.

La triploïde vient du reste d’être soutenue par un rapport de l’Office parlementaire des choix scientifiques et technologiques (OPECST) selon laquelle il n’y a pas de raison de freiner les trois types de production d’huîtres : en écloserie, par captage en mer ou pêche à pied. Cette instance encourage même à ne « pas prendre de retard sur les recherches par rapport aux autres pays producteurs ». Les parlementaires, par ailleurs, ne se montrent pas favorables à un étiquetage distinctif car il pourrait faire croire aux consommateurs que la triploïde est un OGM (organisme génétiquement modifié), ce qui n’est pas le cas. Ils encouragent toutefois à intensifier les recherches « pour déterminer les impacts réels sur l’environnement ».

René Perez
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