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Soizig Palmer-Le Gall : « Pêcheurs et agriculteurs, des gens qui en veulent »

Un nouveau bateau vient d’être mis à l’eau dans le port du Guilvinec, Le Bara-Breizh, 16e du nom : ce renouvellement de navire, le premier depuis 2012, a été financé en grande partie grâce à la rentabilité du reste de la flottille. Rencontre avec Soizig Palmer-Le Gall, présidente du directoire de l’Armement Bigouden, qui intervenait ce jeudi aux Assises de la Pêche au sujet du renouvellement de la flotte bretonne.

La construction de ce navire, c’est parce que la conjoncture est plus favorable pour l’Armement Bigouden, ou c’était prévu depuis longtemps ?

Un armement doit réfléchir au-delà des 10/20 ans. Nous sommes sans cesse confrontés à la nécessité du renouvellement de la flottille. Comme dit lors de ces Assises, la moyenne d’âge de la flotte bretonne est de 27 ans, c’est énorme, surtout pour un chalutier. La conjoncture de ces deux dernières décennies, et notamment les années 2000, ont marqué une grande difficulté à renouveler notre flottille à cause du manque de rentabilité des navires, engendré en grande partie par le prix du poisson, la hausse du gas-oil…

Comment investir avec ces systèmes de quotas et anticiper l’avenir d’un armement ?

Le Bara-Breizh représente un investissement de 3,7 millions d’euros : on parie sur l’avenir, à minima sur une stabilité des quotas qui sont décidés chaque année. Parier sur l’avenir, c’est aussi parier sur l’occupation du territoire de pêche : actuellement, on assiste au rétrécissement des territoires pour les marins-pêcheurs français et bretons, dû au Brexit, mais aussi à l’instauration des aires marines protégées et d’autres activités comme, par exemple, les éoliennes. Qui sont tout à fait légitimes, mais nous devons rentrer dans le jeu et être au coeur de la consultation sur ces sujets. D’autres facteurs peuvent entrer en conflit avec la pêche en terme de territoire : le maërl, ou encore l’exploitation des métaux sous la mer…

À votre sens, quelle est l’évolution majeure ces 10 dernières années pour les bateaux de pêche ?

La difficulté à gérer un armement réside dans le durcissement à tous les niveaux de la réglementation, européenne comme française, par exemple en termes de sécurité et du territoire maritime de pêche qui se réduit. Il est également plus difficile d’instaurer une rentabilité pour nos navires : on dépense beaucoup plus qu’avant pour des bateau qui coûtent plus cher.

Soazig Palmer-le GallUne autre problématique forte soulevée par ces Assises de la pêche et observée depuis longtemps concerne la formation : comment ramener la jeunesse sur les bateaux ? La filière souffre-t-elle de son image ?

Oui, notre filière est très certainement mal vendue : n’oublions pas qu’on parlait de pêche misérable à un moment donné, une image très négative. Il faut renverser cette perception, d’autant plus qu’aujourd’hui le marin-pêcheur gagne sa vie. Concernant la formation, il faut aussi que les personnes qui veulent devenir marin-pêcheur prennent conscience que c’est un métier qualifié, avec un savoir faire qui s’acquiert et qui n’est pas donné. Il faut des gens formés à l’école mais aussi en mer, des gens qui sachent que le milieu maritime est bien différent du milieu terrestre. Au sein de l’Armement Bigouden, nous anticipons depuis plusieurs années le vieillissement de la population maritime. Depuis près de 7 ans, nous embauchons en apprentissage ceux qui deviendront de futurs patrons, nous avons développé l’alternance pour les matelots de demain.

On a souvent l’impression que le pêcheur est mieux vu que l’agriculteur, ça tend à quoi selon vous ?

Peut-être au fait que nous exerçons un métier qui n’existe plus à terre, puisque nous sommes des chasseurs ou des cueilleurs, selon le métier. Et puis il y a le côté lointain, mystérieux de la mer que le terrien ne connaît pas. Il y a quand même des similitudes : ce sont des métiers qui demandent une vocation, qui influent énormément sur la vie personnelle. Pêcheurs et agriculteurs sont des gens qui en veulent, des caractères forts.

Fanny Degorce
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