Salon. Temps de cochon pour le Président !

Voir un Président de la République se faire huer, siffler et insulter au beau milieu du salon de l’Agriculture est un spectacle déplorable. Dans aucune des grandes démocraties qui nous entourent, la fonction suprême du pays serait ainsi bafouée dans un espace couvert et a priori convivial. Elle est la traduction d’un malaise très profond dans le milieu agricole mais aussi de la désacralisation de la fonction présidentielle, aujourd’hui manifeste.

Elle pousse nos chefs de l’Etat à éviter la grande foule quand les circonstances ne sont pas favorables. Et on se souvient de la bourde de Nicolas Sarkozy, annonçant son intention (avant de se raviser) de bouder la finale de la Coupe entre Guingamp et Rennes. Après ses démêlés répétés avec les Bretons, il craignait les réactions. Mais une finale de Coupe c’est incontournable, comme un salon de l’Agriculture. Du moins de nos jours car Mitterrand, lui, ne sacrifia pas à la tradition. Il n’y a pas mis les pieds pendant ses deux septennats mais avait tout de même pris la précaution d’y venir en 1981, quelques mois avant l’élection. C’était tout lui, ça ! François Hollande ne pouvait pas se permettre de faire l’impasse, d’autant qu’il affronte en ce moment un vrai temps de cochon. Il est donc entré dans l’arêne comme dans la Rome antique. Autour de lui, tout le monde avait déjà le pouce baissé.

Mais si la fonction présidentielle est ainsi désacralisée, sans doute faut-il aussi y voir l’inflexion donnée par les deux derniers Présidents qui, tous deux, ont refusé d’entrer dans les habits présidentiels. Sarkozy n’aurait pas eu ce comportement et ce vocabulaire de charretier s’il avait vraiment voulu incarner la fonction suprême dans toutes ses exigences. Le salon de l’Agriculture fut d’ailleurs le théâtre d’une de ses plus célèbres saillies : « Casse-toi pov’con ». On n’imagine pas Giscard disant ça : « Cache-toi pov’con ». Et pas plus Mitterrand ou Chirac.

Quant à Hollande, il a annoncé la couleur dès son élection avec ce concept cocasse de normalitude. Comme si un Président de la République pouvait être un homme « normal ». Du coup, tout la monde l’a pris au mot en le traitant en élu normal et non plus en Président, surtout après ses fantaisies casque-moto ou ses avatars avec une ex qui avait tout d’une bombe, surtout à fragmentations.

Si le salon de l’Agriculture s’est transformé samedi en arène vociférante et irrespectueuse, nos deux derniers Présidents y ont leur part de responsabilité. A force de désacraliser la fonction, ils ont fini par recevoir le retour de bâton. Et on se demande bien pourquoi ils tiennent tant, tous les deux, à remettre ça pour cinq ans…

René Perez
Laisser un commentaire

Votre adresse email sera publiée. Les champs obligatoire sont marqués par un *

viderValider