Salon de l’Agriculture. Trois surprises au générique

Le salon de l’Agriculture s’est ouvert ce week-end et contrairement à ces dernières années, la morosité n’était pas le sentiment dominant. Avec d’abord, cette étude toute fraîche du magazine The Economist concluant, après une enquête auprès de 67 pays, que c’est la France qui a actuellement l’agriculture la plus durable de la planète. Les Britanniques n’étant pas du genre à envoyer des fleurs outre-Manche, les milieux agricoles ont pris, avec la satisfaction qu’on devine, les résultats de cette étude qui contraste singulièrement avec les discours ambiants dans l’hexagone en ébullition. C’est à partir de la gestion de l’eau, de la préservation des sols, de la lutte contre le gaspillage alimentaire, des modes de production, de la volonté de sortir du glyphosate et même du nombre d’obèses que The Economist a mis la France sur le podium de l’agriculture durable devant les Pays Bas et le Canada.

Satisfaction aussi avec un sondage et le baromètre annuel Ouest-France qui tous deux placent très haut le niveau de sympathie des Français à l’égard des agriculteurs, en hausse assez sensible en un an à peine selon le baromètre du quotidien breton. Faut-il y voir un effet gilet jaune, avec la soudaine empathie des Français pour ceux qui sont dans la difficulté ? Toujours est-il que cette sympathie devient un argument de vente comme le prouvent le succès des marques « C’est qui le patron » ou les « Les éleveurs vous disent merci » qui accordent des prix plus rémunérateurs aux producteurs et le font savoir sur leurs emballages. Le coefficient de sympathie déclenchant l’acte d’achat, ces marques vont sûrement faire beaucoup de petits dans un secteur laitier qui respire un peu mieux avec la loi Alimentation et ces nouvelles pratiques commerciales prenant mieux en compte le travail des producteurs.

Quant à la troisième surprise au générique, elle est advenue samedi, à l’ouverture du salon, où la visite de Macron nous a fait revenir au temps de Chirac. Ces dernières années, Sarkozy et Hollande descendaient au Salon comme les chrétiens dans la fosse aux lions. Un exercice très casse-gueule et des sifflets assurés. Mitterrand, d’ailleurs, n’y mit jamais les pieds. Et Macron, secoué ces derniers mois comme aucun président ne l’a jamais été depuis mai 68, qu’allait-il pouvoir faire dans cette galère où les gilets jaunes avaient bien l’intention de s’afficher ? A la surprise générale, le chemin de croix se transforma en allée pavée de roses, au point qu’Emmanuel Macron y resta pendant quatorze heures trente, record qui n’est pas près d’être battu, sauf par lui-même.

Les agriculteurs seraient-ils soudain devenus Macron compatibles après la loi Alimentation et de meilleurs perspectives dans la plupart des filières ? Pas sûr. Peut-être faut-il y voir plutôt la bonne préparation de ce Salon, où les rendez-vous se sont multipliés en amont de ce sommet annuel, entre l’Elysée et notamment la FNSEA. La route avait été bien dégagée.

L’Elysée et Matignon auraient dû en faire autant avant d’imposer les 80 kms/heure sur les routes départementales, sans aucune concertation. Ils auraient évité de faire la bourde fatale, celle qui fut le première à allumer la mèche du mouvement des gilets jaunes.

René Perez
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