Saint-Nazaire. Le scénario redouté de la vente en bloc

Des chantiers de Saint-Nazaire aux coulisses d’au moins trois ministères, les sourires se sont figés. Ce mardi, un juge coréen vient d’annoncer la vente prochaine en un seul bloc de la société STX Offshore and Shipbuilding, le société mère des chantiers de Saint-Nazaire avec l’Etat français comme co-actionnaire.

En liquidation pour une dette jusqu’à présent évaluée à environ 5 milliards d’euros, cette société possède plusieurs sites en Asie qui ont pris de plein fouet la chute brutale des commandes, liée au net ralentissement du commerce mondial. Mais elle est aussi à la tête de ce site français qui lui, est spécialisé dans un secteur très porteur, celui des paquebots. Avec un chiffre magique qui scintille dans le ciel de Loire-Atlantique : 14 paquebots de croisière à construire d’ici 2026.

Ce déphasage entre l’activité asiatique à l’arrêt et le boom nazairien suffit à comprendre le seul scénario envisagé du côté français : une vente par appartement pour que le rachat dissocie l’Asie patraque de l’Europe revigorée. Mais ce n’est pas le scénario retenu. La vente en un seul bloc se profile et elle inspire la crainte.

Trois candidats pour Saint-Nazaire

Dans le cas de la vente dégroupée, trois sociétés européennes étaient déjà candidates à une reprise du chantier nazairien. Le groupe néerlandais Damen, donné jusqu’à présent favori, l’Italien Fincantieri et le français DCNS qui s’est mis lui aussi sur les rangs, mais pour une prise de participation minoritaire, en raison de la double vocation civile et militaire des formes de radoub nazairiennes. L’Etat français a toutes les raisons d’être confiant dans l’un de ces scénarios même si on imagine pour lequel balancent son cœur et son portefeuille.

Mais l’annonce du juge rebat les cartes. Peut-on imaginer qu’un de ces groupes européens se porte candidat à la reprise en bloc de STX, dont la valorisation est en sérieuse baisse, pour n’en garder que le seul trésor nazairien ? C’est d’autant plus exclu que les juges ne laisseront probablement pas un repreneur éventuel jouer le vishnou européen en se coupant tous les bras sauf un, celui qui tient la perle de Loire-Atlantique.

Se profile donc l’hypothèse redoutée : qu’un grand investisseur asiatique mette la main sur l’ensemble du groupe et sur sa filiale nazairienne, hautement valorisée dans un secteur où les Asiatiques sont quasi-absents. Car s’ils sont les champions du monde incontestés du mastodonte type porte-conteneurs, ils n’ont pas réussi dans la dentelle métallique des paquebots. Ce n’est pas du tout le même savoir-faire et on peut craindre qu’un repreneur chinois, coréen ou japonais ait de sérieuses visées sur une ingenierie qui a le vent en poupe.

L’Etat va donc suivre d’autant plus près ce lourd dossier industriel que Saint-Nazaire n’est pas seulement un site de construction civile…

René Perez
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