Saint-Nazaire. L’État nationalise !

Il fallait s’y attendre ! Après des semaines d’âpres négociations et d’un véritable bras de fer franco-italien, l’État français a décidé de faire jouer son droit de préemption sur les chantiers navals de Saint-Nazaire et de nationaliser la société, au moins provisoirement. C’est ce qu’a annoncé le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, en indiquant que le coût de l’opération se monterait à environ 80 millions, en attendant d’éventuels nouveaux investisseurs.

En vérité, il ne pouvait en être autrement. Emmanuel Macron et son gouvernement étaient face à leur premier grand défi industriel et on les voyait mal, dans le contexte actuel, baisser pavillon devant un groupe étranger, la société Fincantieri, qui veut être seul maître à bord. Et rejette toute autre alternative. C’est même ce que prévoyait le protocole passé avec le gouvernement précédent, donnant 48 % des parts à Fincantieri, 33 % à l’État français, 12 % à DCNS et 7 % à une fondation italienne, en vérité sous contrôle de Fincantieri qui devenait de fait le premier actionnaire. Scénario tout de même inquiétant, côté français, quand on sait que les chantiers des deux pays sont farouchement concurrents.

La souveraineté nationale

Dès son arrivée, Emmanuel Macron a remis en cause ce protocole d’accord et devant l’intransigeance des Italiens à accepter une alternative, c’est donc la solution de la nationalisation que l’État français a choisie. La presse italienne n’a bien sûr pas manqué d’ironiser sur les ambitions européennes du nouveau président français qui, en l’occurrence, selon elle, emprunte les voies les plus étroites du protectionnisme économique. La société Fincantieri étant elle même contrôlée par l’État italien, le protectionnisme prend les formes des plus diverses. Et des deux côtés des Alpes, on fait jouer la souveraineté nationale sur un secteur industriel hautement stratégique et dans lequel les Européens tirent bien leur épingle du jeu, du moins dans le créneau des paquebots. L’un de seuls encore porteurs dans une industrie navale mondiale plutôt déprimée.

Mais attention ! L’État français n’est pas un acteur industriel très performant. La passé ne plaide pas en sa faveur. Il convient maintenant de trouver une autre solution véritablement économique. Peut-être avec les armateurs qui assurent le carnet de commandes du chantier pour une bonne dizaine d’années. Ils ne seraient peut-être pas totalement opposés à une prise de participation dans un montage financier porté d’autres investisseurs industriels.

René Perez
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