Saint-Nazaire. L’État entre le marteau et l’enclume

A Saint-Nazaire, l’État est à nouveau devant un gros casse-tête. Il a déjà connu ça à l’époque pas si lointaine où les Chantiers de l’Atlantique étaient au bord du gouffre. Il se retrouve à nouveau avec le dossier sur les bras alors qu’aujourd’hui, le planning est plein comme un œuf avec une douzaine de paquebots à construire dans la prochaine décennie.

Cette fois, c’est le projet de reprise par l’Italien Fincantieri qui oblige l’État français, actionnaire à 33 % du chantier, à jouer de la corde raide. A la surprise générale, les Trasalpins ont été les seuls à proposer un projet de reprise de la filiale européenne du groupe coréen STX, actuellement en phase de redressement judiciaire. Les juges coréens chargés de la procédure ont accepté la proposition italienne mais n’ont pas encore donné leur feu vert puisqu’aucun accord n’est intervenu sur le prix de la cession.

Ce scénario a pour mérite d’être européen puisqu’aucun repreneur ne s’est manifesté. C’était la solution la plus redoutée car elle faisait planer le risque d’une aspiration de savoir-faire dans un domaine où les Asiatiques sont dominés par les Européens. Mais Fincantieri a lui même une filiale chinoise qui ne demanderait probablement qu’à profiter de l’opportunité pour viser un transfert de technologie puisque les Italiens en ont accepté le principe pour d’autres domaines d’activité.

Trouver le bon compromis

L’État est donc aujourd’hui entre le marteau et l’enclume. D’un côté, les salariés (7.000 avec les sous-traitants) et les élus locaux et régionaux qui mettent la pression pour trouver une solution française. De l’autre un groupe italien ambitieux qui a le mérite de s’être porté acquéreur alors qu’aucun industriel ou financier français n’est monté au créneau pour faire une proposition d’achat. Sans doute parce que la mariée n’est pas aussi belle que l’on croit. Dans la crise mondiale actuelle où tous les prix sont tirés à la baisse et où toute la filière souffre, la fabrication de paquebots ne laisse que de très faibles marges. Et certains bateaux de croisière prestigieux auraient même été vendus à perte.

Faute de solution hexagonale, l’État a donc besoin de Fincantieri pour porter la logistique industrielle et financière du chantier mais aussi assurer une présence forte sur le marché de la construction mondiale où l’Italien porte le flambeau européen. Si Fincantieri se retire du jeu que resterait-il d’autre qu’une nationalisation dont l’État ne veut pas ?

Il faut donc convaincre le constructeur transalpin, détenu à 70 % par l’Etat italien via un organisme public, de rester dans le jeu sans pour autant tenir la majorité et donc le pouvoir sur le chantier nazairien. DCNS ne serait pas contre une participation au capital, puisque ce groupe tricolore aura sans doute besoin du chantier pour de futurs bâtiments militaires, mais pas à hauteur exigée pour une solution franco-française avec partenariat italien. C’est ce difficile compromis que recherche l’État, à nouveau en première ligne sur le chantier de Saint-Nazaire. René Perez

René Perez
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