Saint-Nazaire. Les Chantiers de l’Atlantique en quête d’un nouvel avenir

C’était une histoire plutôt mal embarquée, depuis qu’en 2017, la France et l’Italie ont donné leur feu vert à la prise de contrôle des Chantiers de l’Atlantique (Saint-Nazaire) par le groupe italien Fincantieri. Il aurait possédé 50 % du capital plus une action prêtée par le gouvernement français, ce qui en faisait l’actionnaire majoritaire mais sous la coupe de l’État français pouvant à tout moment retirer cette action pour reprendre les commandes. Le montage était tout de même très particulier et, en réalité, portait plus la marque de la suspicion réciproque que de la franche coopération.

Là-dessus, la commission européenne a traîné les pieds et n’a pas manifesté de zèle pour faire progresser le dossier de ce nouveau groupe devenant le nouveau n°1 des chantiers navals européens. Les commissaires se montraient d’autant plus réticents à accélérer la manœuvre que le groupe Fincantieri a décidé parallèlement de faire alliance avec le géant chinois CSSC. Une stratégie pas du tout dans le goût des élus locaux nazairiens et encore moins des salariés voyant dans le billard à trois bandes (Fincantieri-CSSC-Chantiers de l’Atlantique) une double menace de transfert des compétences. Celles qui ont valu au groupe de Loire-Atlantique un carnet de commandes exceptionnel, plein pour encore plusieurs années.

L’affaire était mal engagée et elle a fini par capoter, emportée par le virus et l’effondrement du marché des croisières. Plus qu’un coup de massue, c’est plutôt une bonne opportunité qui s’est présentée par clore l’affaire tant du côté des deux pays comme de la Commission européenne on faisait preuve d’une frilosité peu engageante.

Les Chantiers restent donc sous pavillon français. Pour l’instant, il n’y a pas péril en la demeure, comme l’a souligné le ministre Bruno Le Maire. L’activité du chantier est assurée et il est probable qu’après la tornade du virus, les gens vont se faire plaisir en retournant vers les croisières. C’est l’une des raisons qui ont incité le fondateur de Bricorama, Jean-Claude Bourrelier, à se déclarer aussitôt prêt à investir dans le groupe de construction de Saint-Nazaire. Par goût de l’entreprise et non du profit, dit-il. « Si je voulais gagner de l’argent, je le placerais ailleurs ».

Entre les croisières, la coque du futur porte-avions français et les énergies renouvelables, il y a là selon lui un avenir bien balisé qui l’incite à avancer fortement sur ce dossier, avec le soutien, dit-il, de Naval Group, d’entreprises locales et bien sûr des élus locaux, bien plus confiants dans une solution française que dans celle proposée par le groupe Fincantieri, jouant un jeu trouble sur plusieurs tableaux.

René Perez
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