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Ronan Le Moal, LE banquier à qui parler

Lundi 6 mars, le Crédit Mutuel Arkéa a annoncé un chiffre d’affaires de 1,85 milliard d’euros, en hausse de 4,1%, et quelques autres joyeusetés comptables, dont un résultat net part du groupe qui a atteint un niveau historique de 336 millions d’euros. L’annonce, qui intervient en pleine tempête interne entre la Confédération nationale de Crédit mutuel et le groupe Crédit Mutuel Arkea (composé des fédérations du Crédit mutuel de Bretagne, du Sud-Ouest et du Massif central), conforte la direction dont Jean Pierre Denis, le président, et Ronan Le Moal, le directeur général. Les deux peuvent respirer : ces résultats renforcent leur aspiration à l’indépendance. Michel Sapin, il y a quelques mois, affirmait que « tout seul, le CMB Arkea serait en risque ». Cela reste toujours à démontrer.

Si le grand public connaît Jean-Pierre Denis, sorte d’Astérix résistant aux forces de la confédération venues de l’est, on connait moins son binôme, Ronan Le Moal. Lui n’a rien d’Obélix. Avec bacchantes et cheveux longs, il aurait davantage des airs d’Assurancetourix. Le nom lui irait bien, tant il semble à l’abri des fourches caudines romaines : son parcours, pour l’instant, a tout du sans faute.

Un pur produit CMB/Arkea

Ronan Le Moal est un pur produit CMB / Arkéa. Entré en 1995 dans la grande maison, après être passé par HEC, il n’en est jamais ressorti, gravissant les échelons un à un. Suravenir, Symphonies, Fortunéo, il devient un temps spécialiste des filiales avant d’être appelé par Jean Pierre Denis pour prendre la direction générale du Crédit mutuel Arkéa en 2008.

De sa relation avec le président, il note la grande complémentarité. « Lui, c’est le président du groupe donc il a le côté administrateur, il insuffle les grandes lignes stratégiques pour privilégier les entreprises et est très proche des entrepreneurs. Moi on me qualifie comme étant proche du numérique et des entrepreneurs de ma génération ». Les deux sont en tout cas sur la même ligne depuis de longs mois : le Crédit Mutuel Arkea veut voyager seul. Avant de valider le ticket, il va falloir attendre quelques décisions de justice

« Un groupe capable de construire son propre avenir »

Lorsque Ronan Le Moal évoque le groupe Arkéa, le discours est sans équivoque. On ne passe pas 20 ans dans les hautes sphères d’un groupe sans ressentir une certaine ivresse. Du Crédit Mutuel Arkéa, donc, il voit « une maison qui a un état d’esprit entrepreneur, qui est heureuse de faire des choses qui vont la faire grandir et qui cherche à se diversifier. Le groupe est capable de monter des projets lui-même, de s’auto-diriger sur les grandes orientations stratégiques à atteindre. De construire son propre avenir. C’est pour tout cela que je suis resté et que j’y prends toujours autant de plaisir ».

Pour cela, et peut-être pour autre chose : Brest et sa région. Il y revient toujours. Fils d’un Plougastel et d’une Kerhorre, il grandit au Relecq-Kerhuon, à quelques pas du siège historique du CMB. Il aime à rappeler que le Crédit Mutuel Arkea est la seule banque de cette taille ayant son siège social en province. Et question taille, pas de raison de se cacher : « le Crédit Mutuel Arkéa est actuellement dans le top 40 des 6 000 banques européennes ».

Acteur de la West Web Valley

Oui, il aime sa région du bout monde. Il loue à la fois les entrepreneurs tels que Gilles Falc’hun, Marcel Tréguer et Jo Le Mer, « ces faiseurs et pas diseurs » qui sont autant d’atouts pour l’ouest breton, mais aussi l’ensemble des potentiels de la région. Il en connaît quelque chose : depuis 2012, il est une des trois têtes pensantes de la Web West Valley (avec Sébastien Le Corfec et Charles Cabillic), l’accélérateur de startup finistérien qui a levé quelque 30 millions d’euros pour accompagner, principalement, des startups bretonnes. « L’idée de la West Web Valley, c’est à la fois de rendre à la Bretagne ce qu’elle a pu nous donner et surtout de montrer que les qualités dont on a besoin pour créer une belle entreprise dans le numérique sont ici présentes : des talents locaux, des structures à prix raisonnables et de bonnes infrastructures technologiques ».

Il invente la banque de demain

Sa « geek » attitude, il l’a façonnée pendant sa période Fortuneo. « Tout à coup, je me suis intéressé à tout ce qui était digitalisation de notre métier. J’ai trouvé extraordinaire tout ce que l’on pouvait faire. Quand j’ai repris le groupe je me suis concentré sur la question de l’impact du digital sur notre métier. Nous avons identifié des choses qui apportaient du sens à notre métier tout en apportant une nouvelle manière organisationnelle. C’est ainsi que nous avons développé seuls des solutions telles que l’application sur IPhone et le paiement sans contact ».

Il pourrait parler de la banque de demain pendant des heures, des habitudes qui changeront, de la nouvelle relation aux clients, mais une dernière fois, il revient vers les entreprises de Brest et ses environs en évoquant son accessibilité. Pas de place pour un lamento. Pas le genre du bonhomme. « A force de se plaindre sur la LGV par exemple, on n’intéresse plus personne. En revanche le billet d’avion à 500€ aller/retour pour les petites boîtes c’est un sujet. Mais on pourrait trouver des solutions et négocier avec Air France pour acheter des billets groupés ».

On l’enverrait bien négocier.

Julien Perez
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