Rémunérations des agriculteurs. Un poker à trois qui se joue à deux

Les négociations annuelles des prix alimentaires dans la grande distribution, c’est un poker à trois mais où il n’y a que deux joueurs. Les industriels et les distributeurs. Les agriculteurs, qui ont pourtant apporté le jeu de cartes, sont souvent en dehors de la partie et attendent que le pot final soit partagé. Et ils sont donc rarement vainqueurs.

C’est ainsi que l’on pourrait résumer ces tractations annuelles où les agriculteurs apportent la matière première, les industriels la transforment et les distributeurs la vendent. Mais ce sont les deux derniers qui se disputent les prix, défendant leurs intérêts réciproques, sans trop se soucier de ceux des agriculteurs, au risque de scier la branche sur laquelle ils sont tous deux assis. Une loi, on le sait, a déjà tenté de cadrer l’ordonnancement de ces rencontres annuelles, mais elle a été rapidement contournée et on est pratiquement revenu à la case départ.

Il faut une nouvelle loi plus contraignante. C’est que dit le rapport que vient de rendre Serge Papin, ex-PDG de Système U et donc grand connaisseur des coulisses de ces négociations annuelles. Selon lui, elles ne prennent pas assez en compte le coût des matières premières, celles apportées par les agriculteurs, puisqu’ils ne sont pas partie prenante de la négociation finale. Et il propose « une quote-part du prix de la matière dans le prix final qui soit non négociable ». Donc que ce pourcentage, fixé à l’avance soit une garantie pour l’agriculteur et que cette part ne sera plus la variable d’ajustement sur laquelle les deux autres parties s’assoient, en la rabotant dans le tour de négociations. Serge Papin suggère que la loi intervienne en faveur de contrats pluriannuels entre agriculteurs et industriels (meunerie, boulangerie, charcuterie…) qui fixerait cette quote-part, non négociable dans l’emballage final.

Entre autres propositions, Serge Papin incite aussi au regroupement des éleveurs et producteurs dans une même filière pour peser sur ces négociations. Face à des négociateurs qui font bloc, trop d’agriculteurs arrivent en ordre dispersé et ne pèsent donc pas bien lourd, surtout dans la filière bovine. Il appuie aussi, à l’inverse, sur les exemples de regroupement qui marchent bien, notamment dans le lait où des produits comme « C’est qui le patron ? » se sont rapidement attiré la sympathie des consommateurs parce qu’elles garantissent des prix aux producteurs de lait tout en jouant sur le patriotisme agricole, la forte identification et la proximité.

Bretagne Bretons
1 Commentaire
  1. Chris bzh

    Aujourd’hui on parle de rémunération des agriculteurs, un peu comme si on leur donnait la becquée. On les a emmenés dans la galère, ils ont ramé sans être nourris. Comment nous nourriront ils demain s’ils disparaissent?
    En partageant la becquée???
    Si le systeme qui nous broie ne change pas, si nous continuons à le défendre malgré les conséquences, les lois ne changeront rien. Nos voisins européens l’ont compris, pas nous.

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