25 ans… La Recouvrance a changé la mentalité brestoise

Il y a tout juste 25 ans, le 14 juillet 1992, la mise à l’eau de la Recouvrance soulevait l’enthousiasme de dizaines de milliers de spectateurs dans le port de Brest. C’était l’apothéose de Brest 92 mais personne, à ce stade, ne pouvait imaginer à quel point la ville allait être impactée par ces fêtes maritimes. D’abord, il faut se souvenir que Brest avait le moral dans les chaussettes, en ces années de plomb. La déconfiture du Brest Armorique, le club de football, et son président, François Yvinec, arrivant menotté au tribunal de Rennes avaient traumatisé la cité. Aucune ville française n’a à ce point été secouée par son football, en ces temps où l’OM de Tapie et le Bordeaux de Claude Bez jonglaient pourtant avec des déficits plus abyssaux.

Brest avait aussi un gros coup de blues social en voyant se profiler les restructurations de la Marine qui allaient générer, peu de temps après, les grandes manifestations de Brest debout. Les craintes étaient fondées : en deux décennies, Brest a perdu plus de 10.000 emplois entre Marine et arsenal mais de façon plus diffuse que dans les grands sites de la désindustrialisation sidérurgique. Et pourtant, la proportion est la même.

Les vieux gréements de Brest 92 arrivaient donc à point pour redonner une peu de souffle à une ville déprimée. Et l’effet alla bien au-delà des espérances puisque c’est de cette fête que date la résurrection du port de commerce. Jadis réservé aux marins en goguette, avec des rues aux allures de coupe-gorge, le port de co’, comme on le surnomme, a soudain pris des couleurs pimpantes, les rues se sont animées et les premières friches industrielles sont tombées sous les coups de bulldozers rasant un passé poussiéreux.

L’autre virage, moins perceptible, c’est la fusion de deux mondes qui jusque là se cotoyaient sans jamais se mélanger vraiment : la Ville d’un côté, la Marine de l’autre. Par la magie de Brest 92, toutes deux ont embarqué sur les vieux gréements et La Recouvrance dans un mouvement coordonné et jusqu’ici inédit, qui a profondément changé les relations et les habitudes de travail des deux côtés du mur de l’arsenal. Et abouti au transfert des Capucins, ce territoire naguère propriété de la Marine nationale, devenu le point d’ancrage de l’avenir brestois, avec un téléphérique comme une passerelle lancée au dessus de deux mondes jadis cloisonnés.

Et puis surtout, en cette année 1992, les Brestois ont découvert leur ville. Eux qui étaient si portés sur auto-dénigrement tenace, né du grand nivellement architectural d’après-guerre, écoutèrent avec stupeur des dizaines de milliers de visiteurs leur dire que leur rade est magnifique et leur port superbe dans ce décor unique de voiles en mouvement. C’est un peu par procuration, dans les yeux de leurs visiteurs, que les Brestois ont changé leur regard sur leur ville. Ce ne fut pas le moindre des mérites de ces fêtes des vieux gréements. Et 25 ans après, il n’est donc peut-être pas inutile de rappeler d’où vient ce Brest de la fin des années 80, ville plombée dans le pessimisme et sentant soudain venir le grand souffle du large.

René Perez
Laisser un commentaire

Votre adresse email sera publiée. Les champs obligatoire sont marqués par un *

viderValider