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Quimper. La singulière histoire d’Alexandre Massé

« Dis, dessine moi un bouton ». L’histoire d’Alexandre Massé pourrait commencer comme celle du Petit Prince. Ce Quimpérois n’apparaît pas parmi les figures marquantes de l’histoire du Finistère et pourtant, la pointe bretonne doit beaucoup à ce personnage singulier qui fit fortune, au XIXe siècle, en créant une invention révolutionnaire : le bouton à quatre trous… Cela paraît aussi banal que le fil à couper le beurre mais grâce à cette trouvaille, Alexandre Massé va amasser une jolie fortune avec laquelle il créera un centre de formation agricole et un orphelinat pour garçons, ouvert près de Quimper, en 1901. Ces établissements forment le premier maillon de la fondation Massé-Trévidy, une des principales structures sociales du Finistère puisqu’elle emploie actuellement, 1.200 salariés !

Le bouton qui tient !

Né en 1829 à Quimper, Alexandre a du plomb dans la cervelle et de l’or dans les mains. Comme beaucoup d’enfants de ce siècle, il est passionné par le formidable essor des techniques et passe par l’école des Arts et Métiers d’Angers. Son esprit inventif se forge au contact de toutes ces technologies naissantes qui marquent l’entrée dans l’ère industrielle. A Paris, c’est dans une fabrique de boutons qu’il fait ses premiers pas professionnels avant de créer sa propre entreprise, quelques années plus tard, bien aidé il est vrai par la dot de son épouse.

Les boutons, les boucles et des accessoires de passementerie occupent le cerveau de cet industriel si inventif qu’il déposera plusieurs brevets. Mais son coup de maître va venir d’un simple constat : les vêtements de ses contemporains sont souvent ouverts aux quatre vents, surtout en hiver, à cause de boutons à deux trous qui ont tendance à trop vite se découdre, pendouiller lamentablement ou carrément lâcher prise. D’où son idée : faire des boutons à quatre trous qui tiendront beaucoup plus solidement les vêtements dans leur tenue de rigueur.

Et fouette cocher ! Cette invention, somme toute banale, va valoir un succès considérable à l’industriel quimpérois qui non seulement fournit l’Armée française en million d’exemplaires mais vend aussi ses boutons en Europe et en Amérique. La France était à l’époque une championne des techniques et de l’export et Alexandre Massé saura opportunément faire fructifier son usine et son patrimoine personnel.

La fusion de deux oeuvres

En Bretagne il investit dans un vaste domaine et une demeure en bordure de l’Odet où il se retirera en 1889 alors que la soixantaine se profile. Mais si son parcours industriel est remarquable, sa destinée est un peu moins accomplie puisqu’il n’a pas de descendant. Imprégné d’humanisme chrétien, Alexandre Massé va alors décider de consacrer son bien à la création d’un orphelinat pour garçons à Plomelin, près de Quimper, et d’un centre de formation agricole et horticole. Comme le fit à la même époque James de Kerjegu, président du conseil général du Finistère, créateur d’un grand centre d’agriculture à Trévarez où il construira le dernier château sorti de terre en France, au début du XXe siècle.

Avec les deux structures qu’il a créées, Alexandre Massé donne naissance à la fondation de Kerbernez qui, grâce aux subsides laissées par l’industriel, vivra sa vie féconde jusqu’en 2004. A cette date, elle fusionne avec l’Association de Trévidy, créée par une congrégation religieuse à Quimper et qui, depuis près de deux siècles, accueille de jeunes orphelines.

Les deux histoires parallèles ne feront plus qu’une avec la naissance de la fondation Massé-Trévidy qui est aujourd’hui un acteur majeur du secteur social dans le Finistère où elle œuvre dans presque tous les domaines sociaux. L’enfance, la famille, les personnes agées, les personnes dépendantes, le logement, le handicap, la formation… Sous son égide, on trouve aussi bien des centres de protection de l’enfance que des résidences et des accueils de jour pour personnes âgées, des foyers de jeunes travailleurs, IME, centres d’hébergement et de réinsertion sociale, lieux d’accueil pour personnes atteintes de la maladie d’Alzeimer, comité pour l’habitat, lycée professionnel… Et même un golf, celui de Kerbernès, dont l’entretien et la restauration sont assurés par des organes de formation et d’insertion. Au total 35 établissements essentiellement implantés dans le Sud-Finistère où sont nées les deux associations créatrices de la fondation Massé-Trévidy, gérée par des administrateurs bénévoles.

Pour leurs actions sociales dans le Finistère, l’État et le Département s’appuient beaucoup sur le réseau de cette fondation que tous deux contribuent à financer. Mais le budget à hauteur de 43 millions d’euros est aussi alimenté par certains bénéficiaires de prestations ainsi que par le mécénat qui perpétue ainsi la tradition des contributions privées pour ces œuvres sociales.

René Perez
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