Quimper. L’autre Bolloré

On connaissait déjà Vincent, l’industriel devenu un magnat des médias. On découvre maintenant Thierry Bolloré, 55 ans, lointain cousin du premier et Quimpérois comme lui, soudain projeté au devant de l’actualité économique. Si la logique pyramidale se vérifie, il devrait devenir, dans quatre ans, le Pdg du groupe Renault-Nissan, l’un des géants de l’automobile mondiale.

Investi d’un nouveau et ultime mandat de quatre ans, le puissant PDG du groupe au losange, Carlos Ghosn,  a investi Thierry Bolloré comme nouveau n° 2, poste qu’occupa aussi Carlos Tavarès, devenu ensuite le Pdg du groupe Peugeot avec la réussite que l’on sait. Le transfuge a opéré un spectaculaire rétablissement de la marque au lion comme Carlos Ghosn a conduit Renault à des sommets encore inégalés, sous le double effet de l’alliance avec Nissan et de l’émergence de filiales comme Dacia ou Duster aux insolentes trajectoires. Avec à la clef, des performances historiques pour le groupe, en 2017, porté par un chiffre d’affaires de 59 milliards et des bénéfices en hausse de près de 50 %, à 5 milliards d’euros. Ils font le bonheur des actionnaires, dont l’État français encore détenteur de 15 % des actions de la société.

Et c’est justement là que le choix de Thierry Bolloré relève probablement d’un bon compromis entre l’impérieuse nécessité pour Carlos Ghosn de préparer la succession mais aussi le souhait de l’État de conforter l’ancrage de la marque au losange en France. Le PDG libano-brésilien-français a consolidé la place du groupe dans la hiérarchie mondiale mais essentiellement sous l’effet des productions à l’étranger, y compris pour certaines Renault vendues en France. Une tendance économiquement porteuse mais qui ne convient que modérément à un Etat actionnaire préoccupé par l’emploi en France et donc l’avenir des usines de l’Hexagone.

Thierry Bolloré, passionné de voile formé à Dauphine (l’université, pas la voiture !) à derrière lui un long itinéraire dans l’automobile, passé notamment par Michelin et Faurécia avant Renault et c’est un spécialiste de l’Asie, continent le plus porteur mais aussi celui de Nissan, le partenaire mondial de Renault. Que le n°2 soit Français n’est sûrement pas pour déplaire à l’État actionnaire, dans un contexte de mondialisation parfois brouillonne. Encore faut-il que le Quimpérois prenne l’envergure qui lui donnerait légitimité à succéder à l’emblématique Carlos Ghosn qui a sauvé Nissan et redressé Renault, en réussissant une alliance complexe mais solidement verrouillé.

Qu’il soit ou non le futur PDG, Thierry Bolloré aura sûrement l’occasion de parler voiture avec son cousin Vincent. Tous deux sont des chefs de file de la voiture électrique et la Bluecar de Bolloré est construite dans l’usine Renault de Douai. Ça fait un bon sujet de conversation pour d’éventuels repas de famille. 

René Perez
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