Quand la production laitière voisine l’industrie du luxe

L’actualité nous réserve parfois de curieux télescopages. Cette semaine, c’est le lait qui en a servi un sur un plateau avec d’abord les dernières statistiques sur la démographie agricole française. En 2017, on comptait 453.000 chefs d’exploitation, la plus forte baisse (- 3,4 % sur un an) affectant la production laitière, secteur dont les rangs s’éclaircissent le plus vite en cette période de crise. Et au même moment, le magazine Forbes publiait son classement annuel des plus grandes fortunes mondiales révélant qu’Emmanuel Besnier, le patron de Lactalis (Laval) a fait une jolie culbute en passant à la 5e place du palmarès national où il côtoie les patrons de l’industrie du luxe (LVMH, l’Oréal, Kering) avec une progression spectaculaire de son patrimoine, passé en une année de 11,3 à 14,7 milliards d’euros.

Il faut bien reconnaître que ce télescopage est fâcheux, entre l’envolée de la fortune du plus grand patron français de l’industrie laitière et la grande déprime qui a affecté les producteurs l’an dernier, avec des prix touchant le plancher de la viabilité économique. Des mouvements qui traduisent le décalage croissant entre la finance galopante et l’économie réelle beaucoup plus poussive. En l’occurrence, le patron de Lactalis et ses deux frères et soeurs (eux aussi dans le Top 40 des milliardaires français) ne tirent pas leurs revenus de folles spéculations boursières. Ce sont leurs participations dans des entreprises en forme qui leur valent ces plus-values considérables. Que les entreprises gagnent de l’argent, c’est vital pour leur survie et leurs emplois, mais à condition bien sûr que ce ne soit pas sur le dos exclusif des éleveurs laitiers. Et la question, on le sait, a animé bien des débats.

Mais ce qui est bien plus inquiétant pour l’économie française dans son ensemble, c’est plutôt la première place mondiale que décroche pour la première fois Jeff Bezos, le patron d’Amazon. Cette multinationale s’apprête à laminer des secteurs entiers de l’économie de service et, en France, les librairies indépendantes n’ont jusqu’à présent résisté que grâce au prix unique pour les livres. Sans la loi Lang, ils seraient déjà tous passés à la moulinette du géant américain qui, après les livres, a décidé de s’attaquer maintenant à toutes les filières des activités de services en concentrant ses structures dans d’immenses hangars et, surtout, sans payer d’impôts en France ce qui est le premier critère de concurrence déloyale.

Bien plus que le patron de Lactalis, c’est le patron d’Amazon qui fait craindre une vraie déstabilisation, avec sa stratégie du rouleur compresseur, destructeur de milliers d’emplois, et ses centaines d’avocats fiscalistes pour échapper aux impôts. Et c’est cette société qui, deux années consécutives, a décroché le titre d’Entreprise préférée des Français! On croit rêver. Au classement 2017, Amazon a nettement reculé, preuve qu’il y a un début de prise de conscience sur les dérives économiques, sociales et éthiques que véhicule l’ogre américain.

René Perez
2 Commentaires
  1. Le Borgne

    Il est temps que nos compatriotes prennent conscience de la nature prédatrice de cette société. Et ne viennent pas, sous peu, se plaindre de la disparition de commerces et de services.

  2. Benead

    Encore une article à ne pas prendre au sérieux : Mr René Pérez, sachez que la « fortune d’Emmanuel Besnier », comme vous dites, correspond à 99% (peut-être plus), aux outils de production, de flux, de commercialisation à travers le monde… Pour moi, cela ne correspond absolument pas à sa fortune personnelle ! Ce sera sa fortune personnelle seulement le jour ou il vendra la totalité des sites industriels, et commerciaux qu’il possède dans le monde entier, et uniquement ce jour là ! Sa fortune, comme vous dites, et celle de sa famille font vivre 80000 salariés dans les quatre coins du monde. Au nom de tous les salariés de France, d’Europe et de la planète, MERCI monsieur Emmanuel Besnier, merci Jean-Michel, merci Marie, nous vous sommes reconnaissant de partager votre fortune…

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