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Les producteurs de légumes face au « tsunami numérique »

Charges salariales, problèmes d’homologation des pesticides, guerre des prix, concurrence déloyale : les sujets d’actualité ne manquent pas pour les producteurs de légumes. Mais ces agriculteurs, chefs d’entreprise, ont également besoin d’anticiper, de se projeter dans l’avenir. Aussi, ils ont consacré une partie des travaux du congrès annuel de Légumes de France, qui s’est tenu les 15 et 16 novembre au Mont Saint Michel, à la question de la place du producteur dans la commercialisation de demain.

Le commerce est en évolution permanente. Mais ces derniers temps, il est bousculé par l’arrivée des multinationales de l’internet comme Amazon, Google, Alibaba, etc… Ces géants du web s’intéressent de près au commerce alimentaire, y compris à celui des produits frais comme les légumes. Ainsi Amazon vient de lancer une « Boutique des producteurs ». Certes, il s’agit pour l’instant de produits hauts de gamme. Mais cela traduit bien la volonté du leader du e-commerce en France (20 % de parts de marché) d’investir tous les segments de marché. « La France est le terrain d’affrontement entre Amazon et Google » explique Bertrand Jouin, un expert de l’internet. Et ils se marquent clairement à la culotte. Quand le premier passe un accord avec Monoprix, le second signe un partenariat avec Carrefour. Bien entendu, la vente de poireaux ou de tomates n’est qu’un prétexte. Ces firmes visent « la domination complète du foyer avec la télé, les enceintes connectées, le e-commerce,… » poursuit Bertrand Jouin. « Ce sont des libertairiens ajoute Niels Aziosmanoff, autre spécialiste du web. Ils s’emparent de pouvoirs régaliens en matière de sécurité, de santé, d’éducation ». Face au projet de « domination mondialisée de ces plates formes, l’humain doit reprendre toute sa place » poursuit-il en mettant en garde contre ce « tsunami numérique ». Une telle situation donne « le vertige » reconnaît Denis Digel, producteur en Alsace et créateur de Cœur paysan, un magasin de producteurs. Il met en garde ses collègues contre ces démarches : « je ne suis pas certain que le producteur va s’y retrouver ». Au contraire, « nous devons valoriser nos savoir faire et mettre fin à l’anonymat alimentaire » poursuit-il.

« L’agriculteur doit être proactif dans la vente de ses produits » ajoute Clément Le Fournis, producteur dans la Marne et fondateur de La Ferme digitale. « Attention à ne pas oublier la grande majorité des exploitations qui travaillent avec des coopératives, qui défendent des marques » a souhaité préciser Bernard Guillard, président de la section légumes d’Agrial. « Ce qui peut le plus fragiliser l’agriculteur, c’est l’individualisation » ajoute-t-il. « Nous avons besoin de tous les systèmes. Ne nous laissons pas impressionner et utilisons cette puissance technologique » conclut Jacques Rouchaussé, président de Légumes de France.

Olivier Masbou - Agence Socopag
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