Pont de Térénez. Quelques frayeurs rétrospectives…

La catastrophe de Gènes a déclenché une psychose mondiale et de nombreuses interrogations sur la solidité des ponts de la planète entière. La France n’y échappe pas et du côté du gouvernement on assure que l’inspection des ouvrages est constante, mais on reconnaît qu’il va falloir augmenter l’enveloppe nationale consacrée à l’entretien et aux travaux de confortement. Au point que l’écotaxe est une nouvelle fois exhumée comme piste pour trouver de nouveaux modes de financement.

L’Ouest possède quelques grands ouvrages d’art, comme le pont de Saint-Nazaire, le pont de l’Iroise à l’entrée de Brest ou le médiatique pont de Térénez, entre Brest et Crozon, élu plus beau pont du monde en 2014 lors d’un congrès mondial de constructeurs et qui a détenu, un temps, le record du monde de portance en courbe sans support. Ce qui lui donne cette allure aérienne.

Mais avec le recul, on repense au vieux pont de Térénez, celui qui fut fermé à la circulation en 2011, lors de la mise en service du nouvel ourage. Construit après la guerre avec du béton et du sable de qualité médiocre, ce pont donna des signes de faiblesse dès les années 90. Les deux pylones, porteurs des câbles, avaient tendance à s’effriter et il ne fallut pas longtemps pour diagnostiquer la maladie du béton, appelée alcali-réaction et qui se traduit par la micro-fissurisation de la matière.

Au fil des ans, il s’est avéré que la maladie gagnait l’ensemble du pont et on prit des mesures. D’abord de limitation du tonnage. De lourds convois transportant des équipements destinés notamment à la base de l’Ile-Longue, en presqu’île de Crozon, furent priés de faire le tour par Châteaulin et de passer par le Menez-Hom. Et puis on entreprit de cercler les pylônes du pont, autrement dit de les entourer de cerceaux métalliques renforçant la structure. Ou du moins l’empêchant de partir en poussière… Et quelques années plus tard, on installa un système sophistiqué de surveillance électronique 24 heures sur 24, assuré à distance, car les deux pylônes avaient une légère tendance à s’incliner vers la rivière sous le poids de la structure…

Autant dire que si la catastrophe de Gènes et la psychose ambiante avaient eu lieu avant 2011, ce vieux pont de Térénez aurait très probablement été fermé sur le champ. Heureusement, il a tenu, comme son prédecesseur, le premier pont de Térénez, achevé en 1925, et qui fut un temps le plus long pont suspendu d’Europe. Les Français étaient alors les meilleurs au monde pour la construction de ces ouvrages. Mais il avait un inconvénient : le passage sur les travées en bois faisaient un tel raffut qu’on l’entendait à des kilomètres à la ronde. Et bien des passagers préféraient traverser à pied, tant ils étaient effrayés, surtout ceux voyageant dans les autocars de l’époque, généralement brinqueballants et équipés de pneumatiques assez rudimentaires.

Ce premier pont fut détruit par les Allemands en 1944 pour couper l’avancée des Américains vers la presqu’île. Le suivant, achevé en 1953, a donc été fermé en 2011 avant d’être entièrement déconstruit en 2013. Et les concepteurs du troisième assurent qu’il est là pour un siècle. On croise les doigts.

René Perez
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