La pointe bretonne en voie d’insularité

Le même jour, deux informations se télescopent. Louis Le Duff, qui créa sa première boutique à Brest en 1977, commente l’investissement de 400 millions d’euros qu’il réalise près de Rennes pour une gigantesque plate-forme logistique Bridor. Et au même moment, on apprend que la Société lampaulaise de salaisons va fermer son usine (75 salariés) à Brennilis, dans ces Monts-d’Arrée où l’emploi est pourtant déjà une denrée très rare.

Ces deux événements ne sont pas à la même échelle. Mais ils sont symboliques des trajectoires de plus en plus divergentes entre la capitale bretonne et son lointain arrière-pays. Tous les derniers indicateurs témoignent que le fossé devient peu à peu un gouffre quand on évoque les investissements, les créations d’emplois ou encore le logement avec un chiffre qui situe l’ampleur du décalage. En 2015, près de 80 % des transactions bretonnes dans le logement neuf ont eu pour cadre l’agglomération rennaise ! Et on rappelle à quel point la carte de l’agroalimentaire breton traduit le glissement qui s’accélère vers l’est de la région bretonne.

L’expansion spectaculaire de Rennes, bien portée par la décentralisation qui lui a donné le profil de véritable capitale régionale, serait un atout pour la Bretagne s’il n’y avait le handicap de la situation géographique de la ville. Un exemple unique en France de capitale aux marches de sa région, à la fois ceinture de chasteté économique qui ne laisse presque plus rien passer et métropole qui va bientôt s’arrimer à la grande région parisienne par la vertu du TGV 100 % très grande vitesse.

Le décrochage de la pointe bretonne est de plus en plus manifeste. Elle est en voie d’insularité et semble s’éloigner de l’hexagone pour rejoindre le chapelet d’îles bretonnes, sans acte fort pour tenter de freiner une tendance qui s’accélère. Alors quitte à devenir une île, peut-être faudrait-il commencer par reconnaître cette réalité. Et comme pour les Fonds FIP Corse, accorder la défiscalisation à certains investissements économiques dans le bout du bout de la France.

René Perez
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