Pêche bretonne. Rien de bon à attendre du Brexit

Le compte à rebours est cette fois bien enclenché. Le Brexit, c’est dans six mois. Le 29 mars 2019, le Royaume-Uni larguera les amarres et à ce jour, on est encore dans le plus grand flou, d’un côté comme de l’autre. C’est le constat qui domine et il n’a pas été contredit samedi à Quimper où se réunissait la filière bretonne de l’halieutique : pêcheurs, conchyliculteurs, acheteurs de produits de la mer…

Ici, l’inquiétude est doublement de mise car non seulement l’incertitude la plus totale règne sur la mer mais du côté des pêcheurs, on sait que la filière bretonne va payer le prix de la séparation. D’abord parce que les eaux britanniques représentent au moins de 50 % de l’activité de certains armements bretons, ce qui donne une idée de l’impact. En second lieu parce que les négociateurs britanniques vont se montrer inflexibles sur la maitrise retrouvée de leurs eaux territoriales. C’est dans les ports de pêche du Royaume-Uni que le Brexit a réalisé quelques-uns de ses meilleurs scores Outre-Manche et les pêcheurs ont figuré au premier rang des plus farouches opposants à un second référendum. Les négociateurs britanniques ont la gaffe des pêcheurs pointée dans le dos et à la moindre faiblesse, ils vont se faire pousser à la mer comme jadis les déserteurs, du haut de la Roche Tarpéienne.

Pour la pêche bretonne, le pire scénario serait le « no deal », l’absence de tout accord qui renverrait chacun chez soi. Et on mesure ce que cela signifie quand on sait que les pêcheurs français réalisent six fois plus de prise dans les eaux britanniques que l’inverse, malgré la médiatisation de certains épisodes agités, comme le conflit franco-anglais sur la coquille saint-jacques de la baie de Seine. Mais même en cas d’accord global, les pêcheurs bretons seront du mauvais côté de la balance. La mer est probablement le meilleur argument des Britanniques dans les négociations mais également le plus facilement mesurable. Theresa May sera en grande partie jugée par son pays sur la manière dont elle va gérer la partie maritime du Brexit. Ce qui n’augure rien de bon pour les pêcheurs du continent.

L’impact est tellement prévisible, y compris par ricochet sur la pêche côtière, qu’on peut s’étonner de l’absence de préparation à cette échéance, comme l’a fait remarquer, au cours de cette réunion, l’ex-secrétaire d’Etat la Mer, Ambroise Guellec. Rien pour l’instant ne semble avoir été anticipé et le scénario le moins défavorable pour la pêche bretonne serait une période transitoire de deux ans. Elle est fréquemment évoquée des deux côtés de la Manche et dans le domaine maritime, elle permettrait d’éviter cette rupture brutale que craint par dessus tout la pêche bretonne.

René Perez
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