Pêche bretonne. La mer à partager

Peut-on arriver à un accord universel sur les océans ? On en est encore loin mais après le succès de la COP 21 à Paris, la conférence internationale qui se tient actuellement à New-York ambitionne de jeter des bases réglementaires mondiales pour la gestion de la haute mer. Il s’agit de  cette moitié de planète, sans la moindre gouvernance, où l’avancée de la pollution est inversement proportionnelle au recul de la biodiversité, touchée à son tour par l’activité frénétique des bateaux-usines aux gigantesques capacités de capture.

Il va bien falloir édicter des règles car il est peu probable que l’exemple d’Intermarché fasse école. Le géant de la distribution, on le sait, a décidé de renoncer à la pêche en eau profonde, anticipant les comportements d’une clientèle qui va être de plus en plus opter pour une consommation responsable. Or, les espèces pêchées par grands fonds où la lumière ne pénètre plus, ne bénéficient pas de conditions propices à un renouvellement rapide de leurs effectifs. Il est beaucoup plus lent ici que dans les zones littorales et au rythme actuel, on peut prévoir un dégradation massive de la ressource si aucune mesure restrictive n’est mise en place.

La Scapêche, flotte d’Intermarché forte d’une vingtaine de navires et basée à Lorient, va donc progressivement se retirer de la haute mer avec un programme lissé sur dix ans. Mais cette décision unilatérale pose deux problèmes : le premier c’est qu’un retrait n’aura sans doute aucun effet sur la biomasse si des navires portant d’autres pavillons viennent prendre le relais sur ces zones de pêche. Et ils ne se gêneront pas pour le faire dans le vide réglementaire actuel.

La seconde problématique est liée au transfert de pêche qui ne va pas manquer de s’opérer puisque Intermarché a indiqué son intention de revendiquer de nouveaux droits sur d’autres espèces plus littorales (lieu noir, cabillaud, lotte, églefin…) pour compenser son retrait progressif de la haute mer. Une demande qui a aussitôt fait pousser des cris d’orfraie du côté du Comité des pêches de Bretagne ou on dénonce sans nuance la stratégie d’Intermarché en voyant se profiler l’arrivée de grosses unités dans des eaux  côtières déjà victimes de surpêche. La tension est tout de suite montée, et que l’on évoque les grands fonds ou les zones littorales, la mer à partager va nécessiter de délicates négociations. Avec une exigence commune à l’agriculture et à la pêche : qu’il s’agisse d’excédents de lait ou d’un prévisible déclin des ressources en poisson, l’avenir passe par un minimum de régulation. Sans elle, point de salut.

René Perez
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