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A Brest, l’orge réunit brasseur et agriculteur

Quel est le point commun entre une vache et de la bière ? Si vous avez répondu le pils*, c’est bien, vous avez de l’humour, mais ce n’est pas la réponse que l’on attendait. Non, ce dont nous parlons aujourd’hui, c’est de l’orge. A Brest, un brasseur et un agriculteur se sont associés cette année autour de la céréale. Explications.

Entre la Brasserie du Baril, sise du côté de Saint-Pierre à Brest et la ferme de Traon Bihan campée dans la proche campagne, il n’y a que deux kilomètres d’écart. Côté ville et brasserie, Benoît Corre, trentenaire débonnaire de Brest même, à la tête de la Brasserie du Baril depuis 2015. Côté campagne, Philippe Nicol, agriculteur bio installée depuis 1998, et sa quarantaine de vaches laitières.

Dans la famille circuit-court, je demande la bière

Leur point commun : un cercle vertueux organisé depuis cette année autour de l’orge que cultive Philippe sur un hectare exclusivement réservé au jeune brasseur. Pour faire simple, parce que finalement ça l’est, Philippe cultive l’orge, le récolte (voir photos ci-dessous) puis le donne à Benoît qui s’en sert pour fabriquer sa bière. Ensuite, les drêches (résidus du brassage des céréales, source de protéine végétale), ne sont pas envoyées à dache, mais récupérées et rendues à Philippe qui les donne à manger à ses vaches. Tout le monde y trouve son compte. L’exploitant agricole récupère le double de poids d’orge (parce qu’il est mouillé) envoyé à Benoît. Les deux compères vont également s’arranger pour cela soit une opération blanche pour l’agriculteur. Benoît, lui, peut ainsi se fournir facilement et asseoir ses principes : n’utiliser que des matières premières 100% issues de l’agriculture biologique et faire que sa brasserie bénéficie à l’économie locale. Joli d(h)oublon.

Des vaches folles de désir

Les vaches, elles, ruminent de plaisir. « Lorsqu’elle voit arriver la remorque et qu’elles sentent l’odeur des drêches, c’est la révolution dans le pré » confirme Philippe. Des vaches folles, de désir, on aura vraiment tout vu.
Cet échange de bon procédé n’est pas un cas rare. « De nombreux brasseurs locaux s’associent à des agriculteurs pour monter des opérations semblables » confirme Benoît. Mais ici, difficile de faire circuit plus court entre la brasserie du quartier brestois et la ferme bio voisine.

La ruée vers l’orge locale

Néanmoins, l’agriculteur de Traon Bihan n’est pas le seul à fournir Benoît. Ce ne serait pas possible. La brasserie du Baril a besoin de 20 tonnes de malt par an pour assurer sa production (300 hectolitres pour 2015, mais objectif 600 pour 2017).

Instant mathématiques : sachant que pour faire 1 kilos de malt il faut environ 1,250 kilos d’orge, calculez le besoin annuel en orge pour 20 tonnes de malt. Allez, on se dépêche, nous on prend notre malt en patience… Les gagnants repartiront avec un hectolitre de Baril originale, l’une des deux marques de la brasserie du baril avec la fameuse Baril White (on n’a pas demandé à Benoit mais il sera surement d’accord)

Bon, on va le faire pour vous : 25 tonnes. Pas besoin de jouer de la calculette donc, pour voir que les 2 tonnes d’orge produites par Philippe ne seront pas suffisantes…

Du coup, le brasseur Brestois est également parti cette année jusqu’à la ferme du Fessiou sur la commune de La Forêt Landerneau pour se fournir. Cette année, 25 % de son orge vient du Finistère. Désormais, il rêve même de s‘offrir une ruée vers l’orge avec les paysans locaux. « L’année prochaine, j’aimerais que tout mon orge malté proviennent des environs ».

Bientôt le houblon ?

Après l’orge, Benoît voit plus loin. Il aimerait pouvoir se procurer en houblon breton, une denrée inexistante aujourd’hui, mais indispensable, et chère à l’achat lorsqu’elle vient de Californie ou de Nouvelle Zélande. Mais il y a un hic : « La production de houblon nécessite du matériel spécifique et des moyens humains. Ici, nos paysans sont élevés à la pomme de terre et au chou. Pour le houblon, il va falloir qu’ils apprennent. On a fait des essais en plein champ mais il faudrait que l’on trouve quelqu’un qui s’y intéresse vraiment et qui y mettent les moyens. » La Bretagne, troisième région brassicole française, compte 59 brasseries qui ont toutes besoin d’orge. Là encore, il y a surement d’autres circuits-courts bretons à créer…

* jeu de mot douteux entre le pis de la vache et la pils, un des styles de bière les plus populaires en Europe

Retrouvez l’ensemble de la galerie ici

Julien Perez
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