Notre-Dame-des-Landes. Un cauchemar présidentiel

Pour un gouvernement, un contentieux qui s’éternise, ça peut aussi avoir du bon. Grâce à une procédure lancée par l’Europe pour connaître toutes les retombées du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, ni Manuel Valls, ni Bernard Cazeneuve n’ont eu à passer à l’acte. L’éventualité d’une intervention des forces de l’ordre avait en effet été évoquée à l’automne dernier, après le « référendum » organisé quelques mois plus tôt en Loire-Atlantique. Cette procédure européenne est venue opportunément offrir un nouveau report aux deux gouvernements qui n’ont manifesté aucun regret à devoir refiler le bébé au futur président.

A quelques jours du premier tour, Bruxelles vient tout juste de clore positivement ce chapitre de procédure, ouvrant donc la voie au passage à l’acte sur le site, si le ou la nouvelle locataire de l’Elysée le décide. Et les deux candidats sont d’accord sur un point : il faut mettre à exécution le vote populaire intervenu, il y a un an, et qui donnait une majorité à 55,17 % en faveur du transfert. Tous deux s‘appuient sur le principe de primauté de l’expression populaire. Mais sur le fond, Marine Le Pen a toujours dit son opposition à ce projet alors qu’Emmanuel Macron n’a pas véritablement tranché, préférant s’en remettre à une médiation de six mois pour tenter de rapprocher les points de vue et s’échapper du bourbier. Mais comment sortir une solution du chapeau quand on sait qu’il n’y en a pas ? Après tant de crispations, voire de violences, comment croire qu’on peut encore parvenir à une conciliation ?

Ce dossier est un véritable cauchemar présidentiel tant il concentre, à lui seul, de multiples problématiques qui ont parfois émaillé cette campagne. Les enjeux économiques, les contraintes écologiques, l’agriculture marginalisée, le poids des métropoles qui grignotent les zones rurales, les fractures sociétales qui se manifestent à la moindre occasion et prennent des tournures violentes, les difficultés de maintien de l’ordre, la mobilisation de forces quand les urgences claquent ailleurs, la longueur du temps de justice. Mais aussi l’absence de régulation de l’aérien qui hypertrophie un aéroport quand d’autres à proximité (Rennes, Lorient…) sont sous-utilisés, voire même en arrêt quasi-total (Saint-Brieuc). Il pose aussi la problématique de la démocratie locale et du poids des référendums locaux que tout le monde réclame mais ici, aussitôt rejeté faute de consensus sur le périmètre retenu.

Si on fait le tour des ministères concernés par ce dossier, à un titre ou un autre, il y a pratiquement de quoi former un gouvernement. Transports, Environnement, Développement durable, Agriculture, Aménagement du Territoire et Ruralité, Economie et Finances, Intérieur et Défense (pour les forces de l’ordre) Justice, Travail et Dialogue social, Logement (à Nantes), Culture et Communication… Si on y ajoute l’Elysée et Matignon, ça fait du monde dans l’avion ! Et l’assurance qu’après la présidentielle, les turbulences vont reprendre à la verticale de Notre-Dame-des-Landes.

René Perez
1 Commentaire
  1. gustou

    Couper brûler détruire et aller recommencer un peu plus loin… Stop au pillage et à la bêtise généralisée.

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