Noël Le Graët. C’est qui le patron ?

Chez les Irréductibles, il serait Agecanonix. Pour le football français, il est le Menhir. À un âge où on a depuis longtemps rangé ses gaules (79 ans) Noël Le Graët tient toujours solidement les rênes du football français et il vient d’être réélu, dans un fauteuil, à la présidence de la fédération française, avec 73 % des voix.

Au foot on appelle ça une branlée et son principal adversaire Frédéric Thiriez a eu du mal à encaisser le coup tant ce score était inattendu. Et pourtant, cet ex- président de la Ligue, énarque au CV ronflant, l’a attaqué sur toutes les coutures, tentant la déstabilisation en rapportant sans cesse quelques phrases polémiques, comme il est de bon ton de la faire maintenant dans la vie publique. Il est vrai que Noël Le Graët ne fait pas toujours dans la dentelle, comme lorsqu’après quelques incidents pourtant retentissants sur certains stades, il avait affirmé que « le phénomène raciste dans le sport, et particulièrement dans le football, n’existe pas ou très peu ». Cela ressemblait presque à de la provocation. Ou encore lorsqu’il a déclaré à propos des féminines de l’équipe de France « Aucun match perdu, donc elles peuvent se tirer les cheveux, ça m’est égal ». Ressortir le crêpage de chignon en plein essor des mouvements féministes et de la chasse aux clichés sexistes, cela ne pas trop freiné dans ses élans. Et cela ne semble pas non plus les préoccupations premières de la base du football, si on en croit le score de cette élection.

Il est vrai que le Breton a le cuir épais. À 32 ans seulement, il présidait aux destinées d’En-Avant de Guingamp, le club de football le plus décoiffant de l’Hexagone, passé du niveau régional aux coupes d’Europe, performance inégalée pour une ville de moins de 10.000 habitants. Sa carapace, il l’a forgée aussi dans le monde des affaires, créateur d’une petite entreprise qui a grandi presque comme son club de foot, devenant un groupe avec notamment le fleuron Celtigel (800 salariés) dont s’occupent désormais ses trois filles. Et puis, il est passé par la politique, ce monde sans pitié qui forge les caractères et révèle les vrais tempéraments. Il se limita à diriger la commune de Guingamp (1972 à 1991) avec l’étiquette du PS, mais il est probable qu’il aurait pu connaître une carrière politique d’une autre envergure si l’économie et le football ne l’avaient autant mobilisé ailleurs.

C’est en jouant ainsi à tous les postes que le Menhir a forgé son tempérament de battant. Et acquis une étonnante vitalité qui lui vaut cette longévité exceptionnelle à la tête du football français où il repart pour quatre ans.

René Perez
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