Municipales. La Bretagne accentue le paradoxe français

La France électorale est un drôle de chamboule-tout. Les municipales qui viennent de s’achever en ont encore apporté une illustration presque caricaturale. Voilà un an, aux Européennes, le Rassemblement national (23,3%) et La République en Marche (22,4%) avaient écrabouillé la droite et le PS, renvoyés au rang de figurants. La semaine dernière, c’est un sondage IFOP qui anticipe la réédition du duel Macron-Le Pen pour la présidentielle de 2022 en leur attribuant des scores de 26 à 28 % alors que la droite et le PS sont au trente-sixième dessous.

Et voilà que les résultats des urnes, dimanche, sortent comme le lapin du chapeau. Le PS ressuscite, la droite se remet à rêver et les Ecologistes n’en croient pas leurs yeux. Et où sont le Rassemblement national et LREM ? Dans l’anonymat d’un Perpignan gagné par le RN et dans la sortie de route pour les Marcheurs qui n’ont pratiquement pas existé dans cette élection locale.

Certes, les élections intermédiaires ne sont jamais bonnes pour le pouvoir en place. Sarkozy et Hollande avaient connu eux aussi des scénarios contrariants, témoignages récurrents de la versatilité proverbiale de l’électorat français. Mais jamais on n’avait vu un tel émiettement de la vie politique avec deux partis très dominants au plan national et trois autres écrasant ces élections locales.

La Bretagne accentue même le paradoxe français puisque LREM et RN ont été totalement inexistants en terre armoricaine alors que le PS signe un impressionnant tir groupé en conservant Rennes, Nantes ou Brest et en gagnant Quimper, Saint-Brieuc, Morlaix… Les Républicains réalisent une prise de taille en faisant basculer Lorient mais qui ne les consolera pas de la perte des trois villes précédentes.

Quant aux Ecologistes qui ont réalisé des performances fracassantes à Lyon, Strasbourg, Bordeaux ou Besançon, ils n’émergent pas en Bretagne. Pour au moins deux raisons : la première c’est que les préoccupations écologiques sont un peu moins fortes en Bretagne que dans certaines régions plus exposées au réchauffement climatique ou à la pollution atmosphérique. La seconde c’est que les Verts continuent à souffrir du poids du PS en Bretagne. Ils ont du mal à faire cavalier seul et préfèrent l’alliance dès le premier tour, comme à Rennes, ou lors du second, comme à Brest. Mais les résultats inattendus enregistrés à Lyon ou Bordeaux vont probablement réviser leurs ambitions à la hausse.

René Perez
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