moule

Moules de la Laïta, le grand retour !

L’an passé, Leslie et Julien Romagné ont relancé la production longtemps arrêtée des moules de la Laïta, estuaire du sud-Finistère près de Quimperlé. Pour ce couple repreneur, déjà, des moules de Groix, exit la méthode bouchot. Ils élèvent leur or jaune en parc et sur filières, et redorent leur image.

Jeunes mytiliculteurs, Leslie et Julien Romagné naviguent avec passion, et l’ambition d’un bel horizon, entre les moules de la Laïta et les moules de Groix. Des espèces distinctes, des élevages différents, deux méthodes diamétralement opposées pour un seul métier. «A Groix, je me sens marin. C’est de la pleine mer, je remonte les cordes avec ma grue, confie l’artisan de la mer. A Porsmoric, sur la commune de Clohars-Carnoët, je suis comme un agriculteur. C’est la récolte manuelle qui veut ça. C’est appréciable de travailler le produit de deux manières».

Leslie et Julien Romagné, bras musclés par un an de métier, chargent quotidiennement 300 kilos de leurs bivalves dans l’estuaire séparant les côtes guidéloises et cloharsiennes depuis début août. Un gros défi, pour ce couple qui a littéralement changé de cap sans y perdre le sel, puisque Leslie était biologiste marin, et Julien Romagné, préparateur de bateaux de course au large.

Plus de moules de la Laïta depuis 1974

Gros défi aussi, parce qu’ils relancent le cours de l’histoire de la Laïta. Une embouchure où la production de moules a connu sa gloire, puis une lourde défaite. «La production s’est arrêtée en 1974», se rappelle, d’un ton assuré, un autochtone en rôdaille sur le ponton. Pêche interdite. La Laïta, alors, figure parmi les rivières les plus polluées de France. Au terme de nombreuses années, et à la faveur de beaucoup de forces communes, l’assainissement de la rivière a permis de recouvrer une santé digne d’une zone B, sur ce site classé Natura 2000.

Du fait des risques d’envasement, le couple avait écarté les cultures en bouchot et sous filière, lorsqu’il s’est lancé en octobre 2017. Bien que rare, plus propice allait être la méthode ostréicole, c’est-à-dire un élevage hors-sol en parc. «Des poches de 8 à 10 kilos sont posées sur 300 tables et les moules poussent très bien. Elles ont tout le plancton pour elles.» De fait, elles présentent un taux de chair de 45%. Une belle année expérimentale, pour une première production affichant huit tonnes. «Nous avons pu poser plus de naissains qu’escompté», apprécient ces producteurs de terroir qui n’envisagent pas plus de 30 tonnes de rendement annuel.

Chaque jour, ils chargent leurs coquillages de la Laïta sur un bateau de la Compagnie Océane, où le nettoyage, la purification et la mise en sac s’opèrent. Une logistique dont ils espèrent pouvoir se passer à l’avenir. «On voudrait avoir une petite cabane et un bassin à Porsmoric, mais ça représente encore un monceau administratif à abattre.»

Doubler la production de moules pleine mer à Groix

Tandis que le matin, Leslie se charge justement des formalités administratives et de démarcher des partenaires de vente en direct, l’après-midi, elle reste faire ses pêches à Clohars-Carnoët. Toute la semaine, Julien, lui, prend le large. Ils ont repris l’affaire de Groix au printemps dernier et se retrouvent seuls producteurs sur chacun des deux sites.

Etiquetées bio, les Moules de Groix, issues d’un captage naturel, sont élevées sur cordes. Actuellement, la production annuelle représente 60 à 70 tonnes. Objectif à deux ans maximum: 120 tonnes. Et tout comme pour leurs consœurs de la Laïta, le couple va devoir travailler leur image.

Les moules de cordes et les moules de parcs ont la vie dure. La faute au bouchot. Reconnaissons ces automatismes de consommateurs qui ne voient que par le bouchot comme s’il était gage de qualité, telle une grande marque prenant l’ascendant sur un nom commun. Pourtant,«les moules de la Laïta sont des Mytilus edulis (comme les bouchots). Celles de Groix sont un croisement (naturel) entre la Mytilus edulis (variété dite charentaise) et la Mytilus galloprovincialis (ladite espagnole).»

Et si les professionnels qualifient la moule locale d’«hybride», cela lui vaut une réputation malmenée. Connotation péjorative qui a déjà bien trop desservi la moule de Groix, pourtant particulièrement iodée, donc goûtue. «Il faut la remettre à table et l’apprécier à sa juste valeur, mais aussi fermer les yeux sur le corail qui s’est greffé sur le coquillage, car elle n’est ni lisse ni noire». Après tout, l’huître n’a pas non plus la coquille douce.

Enfin, «ce qui freine également le consommateur, c’est sa taille: alors qu’une moule dite classique mesure 4 ou 5 cm, la moule de Groix en fait entre 7 et 9 cm». Pourtant idéales en éclade sur les braises ou farcies, on ne ferait pas la fine bouche, si l’on savait…

Moules de la Laïta / Moules de Groix. Contact: 06 46 32 96 84.

___________________________________

Alain Dréano : « un potentiel de production bretonne de l’ordre de 21000 tonnes de moules »

Le secrétaire général du Comité régional de conchyliculteur de Bretagne Sud évoque «un potentiel de production bretonne de l’ordre de 21000 tonnes de moules, contre 60000 en France». L’essentiel de la production se situe dans la baie du Mont-Saint-Michel, tandis que 3500 tonnes de moules sortent de la zone qui s’étend de la rade de Brest à l’estuaire de la Loire.

Techniquement, la bouchot est largement dominante en termes de système de production. «Les modèles d’élevage en parcs et sur filières permettent outre mesure de valoriser l’économie locale en diversifiant les sites de production. De surcroît, ils apportent une réelle complémentarité dans les calendriers. La récolte plus précoce (dès le mois de mars) et plus longue des moules sur filières, et celle, plus tardive, des moules en parc (août à décembre) dont on trouve une autre petite part dans les abers du nord de la Bretagne, viennent compléter l’offre bouchot, qui court du mois de juin au mois d’octobre.»

 

Manon Motir
Laisser un commentaire

Votre adresse email sera publiée. Les champs obligatoire sont marqués par un *

viderValider