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Michel Thersiquel ou le voyage d’une âme de la Bretagne

Dix ans après la disparition du célèbre photographe breton, une partie de son œuvre va à nouveau traverser l’Europe pour satisfaire cette fois les Tchèques de la ville de Cheb. L’occasion de revenir avec Marcel Le Lamer, grand ami de l’artiste et président de l’association des amis de Michel Thersiquel, sur l’attirance toujours croissante de la France et de certains pays pour l’homme et sa muse principale, la Bretagne des hommes et des femmes de leur temps.

Né en 1944 à Bannalec, ce fils d’horloger et photographe destiné à suivre le schéma paternel, à rapidement choisi la voie de la liberté en développant un regard très personnel sur la photographie et surtout sur ses modèles. Michel Thersiquel avait le talent exceptionnel d’être taiseux et familier à la fois. Installant systématiquement une connivence profonde entre lui et les personnages qu’il immortalisait, ce grand timide savait capter la tendresse et la sincérité d’une âme aussi bien qu’un effort ou un instant de vérité. Remarqué par un journaliste du « Monde » alors qu’il donnait naissance à certain de ses portraits les plus célèbres dans son atelier de Pont-Aven, le Bannalécois se retrouve presque malgré lui exposé dans les années 70 dans de haut lieux artistiques parisiens comme le fameux Café Procope ou la non moins célèbre Bibliothèque Nationale. Très loin des mentalités parisiennes et de leur milieu en ébullition permanente, le Breton reviendra vite à sa Bretagne, à ses amis, parmi lesquels on peut citer Glenmor et Xavier Graal, et surtout à ses anonymes qui feront paradoxalement de lui un « Nom ». Décédé à 64 ans en 2007, Michel Thersiquel a laissé derrière et devant lui une œuvre riche et presque fabuleuse de dizaine de milliers de photos, négatifs et de diapos dont 70 000 sont aujourd’hui conservés au Port-Musée de Douarnenez et probablement autant dans la « nature ». Dans cette multitude de clichés, des séries comme « Femmes du Pays Bigouden », « Bateaux et pêcheurs » ou ses fameux « portraits » sont aujourd’hui des images sédentarisées dans la conscience collective bretonne au même titre que sa musique, ses légendes et ses grandes pierres qui, à l’image de l’art du grand bonhomme, s’expriment toujours sans jamais bouger.

A tous bons trésors il faut de bons gardiens. L’association des amis de Michel Thersiquel a donc vu le jour il y a trois ans. Elle s’est donnée pour objectif de faire vivre et reconnaitre l’œuvre de l’artiste ainsi que de la préserver avec les moyens technologiques actuels. Plusieurs expositions sont déjà à mettre à l’actif de l’asso. Parmi ces dernières il faut citer le Port-Musée de Douarnenez qui héberge la majeure partie de l’œuvre tout en en étant dépositaire, une expo a aussi déplacé plus de 24 000 personnes à Quimperlé et prochainement c’est à Rennes et dans le Gers que l’on retrouvera le photographe puisque l’Université de Rennes 2 et l’Abbaye de Flaran ont fortement exprimé leur désir d’abriter des séries de l’artiste. Mais si la Bretagne et le territoire français se montrent très logiquement intéressés par l’artiste, il est plus curieux de savoir que des pays comme la Pologne, où deux expos à Poznan et à Olstin ont eu lieu en 2016 et 2017, ainsi que La République Tchèque depuis le 12 juillet dernier, ont réclamé avec beaucoup d’insistance d’exposer à leur tour le photographe. Marcel Le Lamer, au sujet de la Pologne, rappelle tout de même :

« En 1989, peu de temps avant la chute du rideau de fer, le mouvement Solidarnosc réussi à créer un gouvernement non communiste, c’est alors que le conseil général d’Ile et Vilaine décide d’aider ce mouvement qui naît. Des colis sont expédiés par camions, des échanges culturels, scolaires et économiques sont mis en places. Les Polonais ne l’oublieront pas et une Maison de la Bretagne est même créée à Poznan en 1990. Parallèlement, j’ai rencontré à Lorient un Tchèque, Sbynek Illek , directeur de la Gallerie 4 à Cheb. Il voulait présenter les œuvres de Streit Jinrich, artiste inconnu chez nous mais de même sensibilité que Thersi. On l’a exposé à Quimperlé et deux ans plus tard il était reconnu nationalement ».

Les échanges ne sont donc pas récents et ne demandent visiblement qu’à s’intensifier selon le professeur de Philosophie à la retraite:

«Je suis heureux de faire circuler et connaitre le travail de mon pote, mais quelque chose me chagrine tout de même. Plus je voyage et plus je me rends compte qu’en Bretagne on est trop timides. La culture, l’art, la musique et tous nos produits ne sont pas assez exportés en Europe. La plupart des pays que j’ai traversé ne demande qu’à mieux échanger avec notre région, ils aiment tellement tout ce qui vient de chez nous que même une bouteille de Bordeaux passerait pour une spécialité bretonne si c’était un Breton qui l’ouvrait… »

conclu-t’il en plaisantant, mais pas tant.

Alain Vaillant
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