Hervé Paitier, Inrap

Métro de Rennes. Sous le VAL, le médiéval

Pendant six ans, jusqu’en 2008, Rennes a été la plus petite ville au monde dotée d’une ligne de métro avant d’être supplantée par Lausanne (Suisse). Elle sera probablement, en 2020, la plus petite ville au monde dotée de DEUX lignes de métro !

Les travaux de construction de cette seconde liaison (12 kilomètres) sont en cours et le chantier va se prolonger pendant encore plus de trois ans, portant le coût total du métro rennais de type VAL (Véhicule automatique léger) à plus de un milliard d’euros. Ce week-end, le public était du reste invité à une grande opération portes ouvertes et plus de 10.000 personnes sont venues sur la base-vie du métro pour découvrir la grande exposition consacrée aux nouvelles phases d’avancement du chantier. La plus impressionnante concerne le viaduc qui va entrer en construction dans la zone de Cesson-Sévigné, pour porter le métro en aérien sur 2,4 kms. C’est presque la distance du viaduc de Millau mais les 70 piles de l’ouvrage ne dépasseront pas plus de 4 à 9 mètres de hauteur, selon la topographie.

L’humidité de la Vilaine

Avant de prendre l’air, cette seconde ligne de métro a surtout creusé la terre et comme souvent dans les aires urbaines, ce fut une véritable mine pour les archéologues. Ils sont tombés, autour de l’actuelle place Saint-Germain, sur des vestiges du Moyen-Age nombreux et bien conservés.

Quand on creuse, c’est comme si on lisait un livre d’histoire à l’envers. Les engins ont commencé par faire remonter des vestiges de la Seconde guerre mondiale et une bombe tellement bien conservée qu’il a fallu faire évacuer tout le centre-ville, pour la désamorcer. Ce qui fut fait dans les règles de l’art et dans le plus grand respect de toutes les vitres du quartier.

Ensuite, comme les Shadocks, on s’est remis à creuser, à creuser, à creuser… Jusqu’à descendre à – 5 mètres sur cette place Saint-Germain où le Moyen-Âge a refait surface dans une version quasi-inespérée. D’abord parce qu’à cet endroit-là se trouvaient, il y a cinq siècles, de nombreux artisans, au premier rang desquels des tanneurs et des cordonniers, comme en témoignent les nombreux vestiges de chausses dont le bout était particulièrement pointu. C’était très à la mode à l’époque.

Et si tout cela est aussi bien conservé, c’est qu’à l’époque serpentait ici un méandre de la Vilaine bien matérialisé par la présence d’un pont en bois retrouvé en très bon état de conservation lui aussi. La raison ? La Vilaine a dû être détournée en aval mais l’endroit est resté tellement humide qu’il a assuré une bonne conservation des cuirs et du bois que l’on retrouve en nombre.

De multiples autres objets (armes, monnaies…) ont été mis au jour en ce lieu, qualifié par les spécialistes de « découverte archéologique majeure » . Une douzaine de squelettes rangés comme dans une nécropole sont eux aussi apparus « mais il doit y en avoir plusieurs milliers » , avance l’un des chercheurs sur le site, sans espoir d’aller un jour les comptabiliser puisque le site a été refermé pour être rendu aux constructeurs du métro.

Rennes restera sans doute, pour au moins quelques siècles, la seule ville bretonne dotée d’un métro. A Brest, un tel projet se heurterait rapidement à un handicap rédhibitoire : à la fin de la guerre, tant de bombes ont été oubliées ou volontairement enfouies dans le sous-sol qu’il faudrait évacuer toute la ville pendant au moins quatre ans pour construire le métro. Ce qui, il faut bien l’admettre, ne serait pas très raisonnable. Le tramway suffira bien !

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