Un couple aux abois

A bout de nerfs, Chantal Cléro et Yann Lainé sont face à la solution de dernier recours: le financement participatif pour une expertise judiciaire estimée à 15000€. Victimes de mérule dans un appartement qu’ils ont acquis en mars 2017, ils ont raclé les fonds de tiroir, emprunté ce qu’ils pouvaient à leurs familles aux revenus modestes. « Entre les frais d’avocat, d’huissier, les frais d’expertises et le montant des travaux d’urgence pour sortir du péril imminent, nous avons déjà dû débourser 19000€ », retracent-ils d’une même voix, serrant des coudes pour ne pas vriller.

« C’est très délicat d’en arriver là, d’avoir à étaler sa vie dans les moindres détails », confie-t-elle. Et lui de soupirer qu’ils n’en peuvent plus. « Faut parfois que je sorte pour ne pas péter un plomb devant Gaby. Chantal fait tout pour préserver notre cellule familiale mais on est sur le fil. » Malgré les efforts, la petite famille trinque, vacille. Plus rien de zen pour leur petite fille de 5 ans, dans cette acquisition qui les ronge à mesure que le champignon dévore tout.

David contre Goliath

Confortés par des diagnostics immobiliers sains lors de leur achat – « ils ne mentionnent aucunement la présence du champignon lignivore » -, c’est en allant jeter du bois à la déchetterie au mois de juin 2017 qu’on laisse entendre à Yann que son bois est mérulé. En se renseignant sur internet, l’inquiétude grandit. Bondit. Deux mois plus tard, l’ampleur des dégâts est constatée par un expert devant huissier. Une procédure judiciaire sera aussitôt engagée à l’encontre de trois parties.

Le début d’une guerre pour eux. Un contentieux parmi tant d’autres, auxquels font de plus en plus face les tribunaux de grande instance (TGI) de Bretagne. Pour tous les particuliers touchés par ce fléau, c’est David contre Goliath, le combat devant l’omerta. Plutôt que d’endiguer, on étouffe sciemment l’affaire. « Quand la Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) adresse un courrier à tous les maires du Finistère pour recenser les cas de mérule et obtient un taux de retour de 3%, il y a un problème », affirme Yann Lainé. Un mot pour le moins blacklisté, qui viendrait entacher la santé économique d’une ville. Car sans achat, c’est tout un système qui s’effondre.

Les villes, pour leur part, veulent accueillir de nouveaux arrivants pour toutes les contributions qui gravitent autour d’une installation. Mais c’est aussi tout le business de l’immobilier qui trinquerait en termes d’emploi et d’argent. Et cela va sans dire que la mérule elle-même est tout bonnement synonyme de travail pour les artisans. Une véritable manne financière dévastant les propriétaires qui ont eu le malheur de rêver.

Alors on se dit que la profession de diagnostiqueur encadre et protège! Oui mais non. Très aléatoire, la méthodologie laisse franchement à désirer. Sur le feuillet correspondant à un tout autre état parasitaire, est mentionné ce qui suit: « Il est à noter que les plénums des plafonds, les parties situées entre les planchers, les cloisons de doublage et les éléments encoffrant ne peuvent être visités que par sondage destructif ».

Plus bas, l’examen détaillé de la présence éventuelle de champignons lignivores fait état de la mention « non examiné » pour les sols, murs, plafonds, et rempants. Aléatoire, on vous disait… Mais certains diagnostiqueurs, eux-mêmes, le déplorent. A quand une réglementation plus stricte? Toujours est-il que le décret de la loi ALUR publié en 2015 obligeant d’une part les propriétaires concernés à informer leur mairie de la présence du champignon dans leur habitation, et d’autre part les mairies à faire remonter les signalements en préfecture, est encore loin d’être appliqué.

Mais pour Chantal Cléro et Yann Lainé, il s’agit désormais de regarder devant, sortir la tête de l’eau, d’affronter, obtenir gain de cause et un dédommagement à hauteur des sommes faramineuses que représente cette calamité. Car entre le traitement, les déposes et les reposes, ce sont des travaux d’envergure qui devront être entrepris dans cette habitation du XIXè siècle. 100 000? 300 000 euros? « Pas moins de cinq zéros », affirment le propriétaires des lieux, dézingués avant que ne le soit leur maison.

https://www.leetchi.com/c/la-petite-maison-dans-la-merule

Manon Motir
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