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Macron. C’est ma tournée !

Pour les présidents de la République, les voyages en Bretagne sont parfois risqués. De Giscard retrouvant des porcelets aux pales de son hélicoptère à Sarkozy établissant un record d’embrouilles avec les Bretons, les visites sont parfois un peu agitées. Et on attendait donc avec curiosité les deux jours de déplacement d’Emmanuel Macron, dans un contexte de tensions sociales, surtout entretenues par le conflit social avec les cheminots, et de revendications bretonnes allant de l’accessibilité de la région aux problèmes rencontrés par les agriculteurs ou les pêcheurs préoccupés par les conséquences du Brexit sur leurs zones de pêche.

Après ces 48 heures, le chef de l’État semblait tellement rassuré de la tonalité de ce déplacement qu’il a demandé à ses services, au dernier moment, s’il pouvait aller voir le match France-Pérou dans un bistrot de Camaret où personne n’a jugé opportun d’aller l’enquiquiner avec des histoires de vaisselle ou de piscine. La patronne du Donegal, enseigne camarétoise bien connue, n’a été prévenue que trois-quarts d’heure avant et Emmanuel Macron a payé une tournée générale, manière de fêter la victoire de l’équipe de France et probablement aussi la quiétude de ce voyage dans une région pourtant réputée par ses emportements. Sans doute aussi n’oublie-t-il pas à quel point les bistrots et le foot ont contribué à la popularité de Jacques Chirac.

Bien entouré

Il faut dire que ce voyage avait été bien préparé en amont et qu’à ses côtés, le Président avait les deux ministres les plus populaires de son gouvernement, Nicolas Hulot et Jean-Yves Le Drian, tous deux avec la fibre bretonne accrochée à la boutonnière. Ca aide pour faire les présentations.

Les étapes elles aussi ont été plutôt bien balisées. Le Cap-Fréhel pour apporter le soutien à la filière de l’éolien Marin, la Sill de Plouvien et son chef d’entreprise emblématique, Gilles Falc’hun, Entrepreneur français de l’année en 2016, la criée du Guilvinec qu’il a choisi de visiter à 6 heures du mat’, confirmant sa réputation d’insomniaque et réduisant ainsi les mesures de sécurité, le long discours de Quimper où avaient été aussi invités des commerçants ayant subi les mesures de restriction de circulation liées à sa visite, les rencontres avec les responsables de la SNSM au Guilvinec et à Camaret… De toute évidence, les choix étaient judicieux et bien moins improvisés qu’au temps où Jacques Chirac se pointait avec les mains dans les poches en distribuant des « Comment allez-vous ? » à tout ce qui bougeait.

Il faut dire aussi que le mouvement de contestation s’est réduit à une modeste expression. Les agriculteurs qui donnent souvent le la en Bretagne sont restés dans leurs exploitations. Et les deux manifestations de Saint-Brieuc et Quimper, lancées pourtant à l’appel de nombreuses organisations, ont été loin d’atteindre le niveau souvent de mise sur les terres bretonnes.

Elles n’ont pas pu aller bien loin, barrées par un cordon de forces de l’ordre qui constituent une autre caractéristique de ce voyage. Sous couvert de mesures de sécurité dictées par la succession d’épisodes terroristes, la venue d’un Président est aujourd’hui entourée de multiples interdictions d’accès et d’un filtrage qu’on n’avait encore jamais vu poussé à ce point. On ne peut plus circuler librement dans les lieux où se rend désormais un chef de l’État et les contrôles d’identité ont été très nombreux, à chaque étape. Le bain de foule présidentiel ne se pratique plus comme jadis et quand c’est le cas, il est forment surveillé. A Crozon, Emmanuel Macron a visiblement apprécié l’accueil, passant près d’une demi-heure à serrer des mains au son d’une Marseillaise entonnée par des spectateurs. Mais auparavant, la déléguée locale de la Ligue pour les Droits de l’Homme avait été exfiltrée, pour être montée sur un banc en manifestant avec à bout de bras un énorme carton rouge.

On ne jurerait pas que c’est ce carton qui a donné l’idée au Président d’aller regarder le foot, dans la cité voisine de Camaret, mais de toute évidence, il a apprécié ce moment avec les clients du bistrot. Et s’il avait eu une demi-heure de plus, il aurait peut-être fait un baby-foot.

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