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Loïc Prigent. Breton mode-cause

«Tu veux du champagne ? Non ça me rappelle trop le boulot ?». Ou alors celle-là : «C’est tellement moche qu’on dirait une fringue de l’an prochain». Ou encore : «Il passe tellement de temps en réhab que je me demande quand il trouve le temps de se droguer».

Si vous n’aimez pas, passez votre chemin, on ne vous en voudra pas. Mais si ce genre de saillie vous arrache au moins un sourire, sachez que vous êtes entré dans l’univers des «pépiements» de Loïc Prigent. C’est sous ce terme que ce Breton quadragénaire et ancré à Paris, désigne les tweets et les commentaires qu’il consacre à la mode parisienne dont il est devenu un observateur permanent, attentif et souvent hilarant, au point d’être devenu une coqueluche des défilés parisiens.

Et pourtant, il n’est pas tombé dedans quand il était petit. Son grand-père était paysan à Plouescat, dans le nord légumier du Finistère, lui-même est capable de conduire un cheval de trait en le guidant en breton et sa scolarité au lycée Saint-François de Lesneven n’est pas de celles qui vous mènent dans les coulisses de Dior, Cardin ou Prada.

Et pourtant, il a pris le virus des défilés de mode et diagnostique que ça lui est tombé dessus en regardant les vêtements de ses grands parents. De magnifiques broderies furent sa première approche de la beauté et de l’élégance vestimentaire. Le magazine Vogue devint livre de chevet et sa vocation future pour le journalisme lui ouvrit quelques portes salutaires. Entre autres celles de Libération, ce journal où l’écriture décalée est le premier des dix commandements. Il ne s’en priva pas quand le journal lui offrit de plonger dans l’univers de la mode.

Catherine Deneuve en version Prigent

Depuis, le Finistérien a aussi travaillé avec Mademoiselle Agnès, égérie de Canal +, puis s’est lancé dans la réalisation de documentaires télé sur la mode. Mais ce sont ses tweets drôlatiques sur les coulisses de la mode, ses mœurs, son langage et ses caricatures qui lui ont valu de se retrouver, à son tour, sous les projecteurs et même de réaliser une série pour Arte avec Catherine Deneuve en personne, déclamant du Prigent comme on joue du Molière. Belle consécration pour ce né-natif de Plouescat, passé du mod-koz paysan au mode-cause parisien en tirant sur la pelote d’une singulière vocation.

Et bien sûr, avant de se quitter, vous en reprendrez bien quelques petites pour la route.

– J’adore cette mannequin, on dirait qu’elle va parler.
– Tu peux me passer un chewing-gum, j’ai une haleine automne-hiver 1992.
– J’ai du vendre l’appartement de Hoche, je captais pas.
– Elle a un melon de type coiffe bigoudène.
– C’est qui la styliste ? Une vieille copine aveugle ?
– Tu as des enfants ? Oui, une ou deux filles…
– T’es sexy ce matin. On dirait l’abbé Pierre jeune.
– J’ai fait un selfie avec Donatella mais j’ose pas le poster.
– C’est pas blanc, c’est plâtre.
– J’étais à la fête Givenchy. Y avait que des mecs qui n’existent pas.
– Elle n’a plus d’idées. Son cerveau fait le bruit de la paille aspirant le fond du verre de Coca.
– On a prototypé un nouveau sac sublime. Maintenant, il faut qu’il s’ouvre. Les ateliers cherchent une solution

Pierre Vincent
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