Loi alimentation. Les Bretons en tête de gondole

Finies les opérations promo sur la côte de porc vendue à perte ? Fini le prix du lait acheté au dessous de son coût de revient ? La loi alimentation  (dites Agriculture et Alimentation ou EGAlim) qui vient d’entrer en application, ambitionne de mettre fin à un système qui a laminé les campagnes, mettant nombre d’agriculteurs sur la paille en leur faisant payer au prix fort la bataille sans merci que se livrent les grands groupes de la distribution. C’est sur les produits de base issus de l’agriculture qu’ils ont souvent écrasé les prix pour attirer le client.

Désormais, les grands groupes de distribution ne pourront plus vendre ces produits avec une marge inférieure à 10 % de leur prix d’achat ce qui devrait mettre un peu la pédale douce sur toutes ces ventes à prix écrasés, voire même à perte. Pour rééquilibrer, les grands distributeurs sont maintenant priés d’augmenter leurs marges sur d’autres produits « grand public » non issus de l’agriculture, de la bouteille de Ricard au pot de Nutella, marques généralement citées à titre informatif.

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Dans cette nouvelle loi alimentation, les Bretons sont triplement en première ligne. D’abord parce qu’ils sont gros fournisseurs de produits agricoles dont les prix ont souvent été passés au laminoir, tel le lait et le porc charcutier. En tête de gondole aussi parce que les agriculteurs bretons sont ceux qui ont le plus souvent, et depuis longtemps, organisé eux-mêmes des opérations contrôles dans les grandes surfaces pour protester, parfois véhémentement contre certaines opérations promo qui mettaient le côte de porc au prix de la pâtée pour chien.

Premiers contrats dans le cadre de la loi alimentation

Mais la Bretagne est aussi en première loge par la voix de Michel-Edouard Leclerc, plus médiatique opposant à cette loi. Il reconnaît qu’il faut mieux prendre en compte les revenus des agriculteurs mais s’élève avec son habituelle virulence contre l’obligation d’augmenter certains autres produits. Comme d’habitude il faut faire le tri dans ses propos, en partie motivés par un souci permanent de promotion de son groupe auprès des médias. Mais il ne devrait pas trop jouer avec certains arguments car le consommateur de base ne saisit pas toutes les susceptibilités de cette loi alimentation. Et va finir par croire que Michel-Edouard Leclerc mène une croisade contre l’agriculture, ce qui ne serait pas très habile en ces temps de rapprochement entre consommateurs et agriculteurs français. Les premiers sont majoritairement prêts à payer un peu plus cher pour aider les seconds à mieux vivre de leur métier.

On devrait assez rapidement savoir si cette nouvelle loi donne une bonne bouffée d’oxygène à l’agriculture française. Elle a en tous cas un effet bénéfique : de nombreux contrats ont d’ores et déjà été signés directement entre distributeurs et producteurs, notamment dans le secteur laitier, avec une incidence sur les prix. C’est déjà un gros progrès et peut-être un vrai changement de mentalité.

 

René Perez
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