Loïg Chesnais-Girard

Loïg Chesnais-Girard

Liffré. La gymnastique budgétaire de la ville du président de la Bretagne

Situation financière précaire, prospective insuffisante, suivi financier à améliorer, manque de rigueur dans la gestion comptable… Ces critiques de la Chambre Régionale des Comptes visent Liffré dont le maire était alors Loïg Chesnais-Girard, jusqu’à ce qu’il soit élu président de la Région en juin dernier. Faut-il alors s’inquiéter pour les finances de la Bretagne ? Pas vraiment…

Liffré, riante petite ville de 7.300 habitants située dans la deuxième ceinture rennaise, vient de faire l’objet d’un rapport d’observation de la juridiction financière bretonne. Malgré l’apparente sévérité des termes employés, ce rapport n’est pas bien cruel au regard des habitudes de la chambre des comptes de Bretagne, aussi pointilleuse que peu complaisante. D’ailleurs, ses conclusions s’apparentent ici à une série de conseils techniques et des recommandations de méthode, plus qu’à une sévère mise en accusation de coupables pratiques.

Le seul vrai problème que les juges ont voulu soulever porte sur l’équilibre financier, qui a connu une alerte en 2014-2015. A la suite de lourdes dépenses d’équipement, l’encours de la dette avait bondi à des niveaux que la capacité d’autofinancement ne pouvait pas suivre. La durée de désendettement avait alors grimpé à 11,9 années. Un ratio alarmant, considéré comme dangereux en raison des risques de dérive vers le surendettement… mais qui s’est spectaculairement amélioré dès 2016.

Un budget annexe de circonstance

Bien d’autres collectivités ont connu une situation comparable -ou même pire- avant de se redresser. Non loin de là, dans le même département, une commune a atteint un endettement de 3.700 euros par habitant, soit près quatre fois plus que Liffré. D’autres ont flirté avec les 12 ans de désendettement avant de se redresser. Comme Liffré l’a fait dès 2017 en revenant à un ratio tout à fait honorable de 5,7 années.

Par quel miracle ? Au prix d’une hausse de la taxe foncière et d’une contribution de la communauté de communes, mais aussi de petits arrangements aux grandes conséquences. Ainsi 2 millions d’euros de dette (soit un petit quart du total) ont-ils été transférés sur un budget annexe créé pour la circonstance et dédié aux réserves foncières. Voilà qui a permis de donner bonne figure au budget principal et à afficher ainsi une belle santé permettant d’accéder au crédit dans de meilleures conditions. Grâce à ce budget annexe, il a été possible d’isoler l’impact de la crise immobilière des années 2010 sur la politique de logement mise en place par la ville : la chute des prix ne lui a en effet « pas permis de rétrocéder les terrains (de ses réserves foncières) à un prix acceptable, et par conséquent de se désendetter », reconnaît la Chambre des comptes.

Académisme vs opportunisme

Au bout du compte, la « situation financière précaire » pointée par la juridiction apparaît comme la rançon de l’attractivité de cette ville, contrainte à investir dans le logement et les équipements pour faire à son fort dynamisme démographique (+1,6% d’habitants chaque année). Certes, la gestion budgétaire de Loïg Chesnais-Girard a pu s’éloigner un brin de l’académisme de bon aloi auquel les magistrats sont par nature attachés. Mais il se pourrait que ses « petits arrangements » sur lesquels elle a mis le doigt se soient révélés opportuns lorsqu’il est agi de contrer les effets d’une crise que d’autres collectivités ont vécu durement.

Alors, oui, on peut sans doute faire confiance au dauphin de Jean-Yves Le Drian et successeur de Pierrick Massiot pour adapter le budget breton aux nécessités du moment. C’est le moindre que l’on puisse attendre d’un brillant jeune homme qui fut en son temps cadre bancaire chargé de grands comptes

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1 Commentaire
  1. Normand

    Bref, il bidonne les comptes mais c’est de la bonne gestion et du talent ! C’est épatant comme analyse car dans le privé quand on truque ses comptes c’est un délit !

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