Les terres agricoles : cibles de groupes financiers

Le phénomène n’est pas nouveau mais c’est la première fois qu’il se produit en France. Un fonds chinois basé à Hong-Kong vient d’acheter près de 4.000 hectares de terres agricoles dans le Berry. Après l’acquisition de grands vignobles bordelais, après l’investissement dans des unités de production telle la nouvelle usine de lait de Carhaix, les investisseurs chinois passent cette fois à un autre stade : l’acquisition directe de terres agricoles sur le sol français.

En Afrique et en Asie, ils ont déjà procédé à de telles acquisitions et on sait qu’en Roumanie ou en Allemagne de l’Est, aussi, les terres sont passées aux mains de groupes financiers de diverses nationalités. Une tendance de plus en plus lourde qui place les terres agricoles au rang de valeur spéculative sur l’avenir pour nourrir la planète et singulièrement la Chine qui se trouve confrontée à une délicate équation tenant en deux chiffres : elle possède 10% des terres agricoles mondiales mais 22% de la population de la planète. Et pour assurer la sécurité de ses approvisionnement, elle acquiert des terres agricoles à l’étranger comme elle investit dans les mines hors de son territoire pour ses besoins en matières premières.

Inutile de dire que dans le Berry, cette acquisition chinoise, révélée par le Journal de l’Environnement, fait du bruit. D’autant que les investisseurs ont contourné les verrous de protection d’achat de terres, en créant une société agricole dont ils acquièrent 98% des parts. Donc au dessous des 100% qui déclenchent les mécanismes de protection et de préemption.

A cette faille s’ajoute un prix d’acquisition très supérieur à celui pratiqué dans le Berry. Les chinois ont payé pratiquement le double du cours actuel, d’où un risque de déstabilisation du marché qui rendrait encore plus difficile l’installation des jeunes.

L’initiative chinoise, si elle reproduit en France le système déjà en cours dans certains pays, devrait maintenant se traduire par le recrutement de salariés par les investisseurs eux-mêmes et le transport des récoltes par leur propres moyens, produisant ainsi une forme très aboutie d’agrobusiness. A très long terme, ce circuit très intégré pourrait aussi décider ce que l’on doit mettre dans nos assiettes.

René Perez
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