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Lebranchu contre CM Arkea. Les dessous d’une rupture

Seule contre tous. Marylise Lebranchu se démarque de la grande majorité des élus bretons : en se positionnant à la tête de l’association « Restons mutualistes », l’ancienne ministre et députée va à l’encontre du mouvement de fond soutenant la démarche indépendantiste d’Arkéa. Le choix peut sembler surprenant. Sauf à y regarder de plus près.

Depuis le début du conflit, les soutiens politiques ne manquent pas pour Arkéa qui, depuis des mois, affronte la Confédération nationale du Crédit Mutuel. L’enjeu : l’indépendance du groupe qui souhaite s’extraire de l’ombre tutélaire de l’organe central du Crédit Mutuel. Président de la région, députés bretons, maire de Brest, tous affichent leur soutien. Tous sauf Marylise Le Branchu, donc, qui est à l’origine de la création de l’association « Restons mutualistes » dont l’objectif est le maintien d’Arkéa au sein de la confédération.

Hébergée par la Confédération nationale

Jusqu’ici, rien d’exceptionnel. Chacun est légitime à défendre sa position et en tant que sociétaire de la banque bretonne et ancienne élue locale, Marylise Lebranchu a doublement droit à la parole. Une autre association, Le Collectif des Mutualistes Bretons, exprime les mêmes inquiétudes. Nous y reviendrons. Mais creusons davantage.

capture-decran-2018-10-04-a-13-32-04Au mois de juillet, on apprenait que l’ancienne ministre avait eu une drôle d’idée : héberger le siège de son association dans les locaux de la Confédération nationale de Crédit Mutuel. Autrement dit chez les adversaires désignés des dirigeants du groupe Arkéa. Il n’y a pas de petites économies,  direz-vous, mais la ficelle était déjà grosse. Tout comme les moyens déployés pour accompagner la démarche : un site internet flambant neuf, des réseaux sociaux (suivis par à peu près personne), et cerise sur le réseau, l’envoi aux salariés d’Arkéa de messages sponsorisés via le réseau Linkedin…  La cotisation ne doit pas être donnée du côté de « Restons mutualistes ».

Des liens via DSK

Point cocasse : le site se targue de recueillir des témoignages de salariés en faveur du maintien, mais sans un seul venant de salarié breton du CM Arkea. Passons. Et venons-en au sujet principal : pourquoi ? Pour comprendre son engagement, sans doute faut-il faire un lien avec Nicolas Théry, le président de la Confédération nationale du Crédit Mutuel. Successeur de Michel Lucas, le fringant quinquagénaire a connu un parcours sans faute jusqu’à présent. On ne va pas vous éplucher le CV, concentrons-nous sur deux points : Dominique Strauss Kahn et la CFDT.

DSK d’abord. Nicolas Théry est un proche de l’ancien patron du Fonds Monétaire International. En 1997, il a rejoint le cabinet de celui qui fut ministre de l’Economie, des Finances et de l’Industrie. En 2002, direction la commission européenne en tant que directeur de cabinet de Pascal Lamy. Lamy ? Un autre proche de DSK, période maîtres du monde, lorsque l’un dirigeait le FMI et l’autre l’Organisation Mondiale du Commerce.

Or, en 2006, l’Aubryiste Marylise Lebranchu a soutenu la candidature de DSK, désigné à l’investiture socialiste pour la présidentielle. Certes, elle ne fut pas la seule. Mais des liens se sont noués à cette époque où Aubry et DSK discutaient primaires, à toi le parti, à moi la candidature, à nous la France.

Question : Nicolas Théry aurait-il demandé à son ami DSK de solliciter l’appui de Marylise Lebranchu, seule personnalité politique bretonne reconnue, et disponible, pour attaquer le projet d’indépendance du groupe Arkea ?

Remous à la CFDT

Et la CFDT là-dedans ? Simple et basique. Le syndicat, majoritaire chez Arkea, condamne depuis de longs mois le processus initié par Jean Pierre Denis et Ronan Le Moal, s’inquiétant des perspectives, notamment pour l’emploi. Il est dans son rôle. Problème : Théry est un ancien de la maison. Il fut secrétaire confédéral CFDT pour les questions économiques sous Nicole Notat et y a gardé de solides contacts. De là a y voir une certains collusion… C’est exactement ce qu’a pensé une partie des élus CFDT, hostile à la ligne directrice anti-autonomie et persuadée du téléguidage du syndicat depuis l’est de la France. Ils ont donc été « démandatés » par le syndicat en octobre 2017. Ni une, ni deux, ils ont monté un nouveau syndicat, ASISA.

Enfin, on en revient à notre préambule, et au Collectif des Mutualistes Bretons, sorte de comité Théodule sorti du chapeau de la CNCM : il est quasi exclusivement composé de membres de la CFDT. On ne sait pas néanmoins si Marylise Lebranchu y a adhéré…

Julien Perez
3 Commentaires
  1. CORBEI

    Le mutualisme, ne serait-ce pas un peu comme une certaine marque de frites vantée par la pub ? « C’est ceux qui en parlent le plus (ici, les pseudo-défenseurs du Restons mutualistes)… qui le pratiquent le moins ? Alors, confiance : les citoyens des Régions sont suffisamment sensés pour voir dans ARKEA (CMB, CMMC et CMSO) une banque « de terrain » + « bien dans son époque » (fidèle à ses valeurs + ultra-novatrice), une banque source d’activités pour Tous et source de débouchés pour les Jeunes des Territoires. Et la « petite politique politicienne » n’a qu’à bien se tenir… Qu’on se le dise !

    • DIDIER LEGRAND

      Oui, ni plus ni moins que la concurrence, mais on peut toujours naviguer à contre-courant et se raconter de belles fables. « La Grenouille qui se veut faire aussi grosse que le bœuf », « Le Corbeau et le Renard », « Le petit poisson et le Pêcheur », … j’adore !

    • toto

       » les citoyens des Régions sont suffisamment sensés  » : vous parlez en leur nom…pourquoi ne pas leur donner la possibilité de s’exprimer? Un vote en caisse…
      Idem avec les salariés…

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