Le retour des bonnets

A la pointe bretonne, le retour des bonnets, c’est comme l’arrivée des marées vertes : ça n’annonce rien de bon. Et c’est donc avec un brin d’inquiétude que deux ans après l’automne des bonnets rouges, on voit refleurir, en cet hiver 2016, des bonnets de nouvelles couleurs. Roses pour les éleveurs, rouge et gris pour les salariés du CMB Arkéa. Pourvu qu’on ne fasse pas toutes les couleurs de l’arc-en-ciel.

Les premiers à entrer en action ont donc été les éleveurs de porcs dans une démarche contestataire qui a pris une tournure inattendue. Cette fois, « la base » comme elle se définit, ne se contente pas de mettre en cause les gouvernants ou la grande distribution. Elle met dans le même sac ses propres responsables, notamment ceux à la tête de groupements de producteurs, en les accusant de n’avoir rien fait pendant ces années où la profession s’enfonçait dans une crise inexorable. Voilà donc l’agriculture à son tour touchée par le syndrome du divorce entre la base et ses représentants, phénomène révélateur de la profondeur du malaise et qui s’apparente à cette crise des élites qui touche le pays. La stature du chef en prend un coup, même dans un secteur agricole qui s’est au contraire singularisé par la personnalité de leaders charismatiques.

L’apparition de collectifs dans les milieux professionnels et la sphère citoyenne ou la contestation de syndicats par leurs propres troupes, comme on le voit à la Brittany Ferries, portent la marque de cette même distance qui s’opère entre la base et ses représentants. Ce n’est jamais un très bon signe. Sauf bien sûr quand la naissance d’un collectif est porteuse d’un mouvement unanime. C’est le cas pour les bonnets rouges et gris, en soutien au CMB Arkea, qui vont fleurir par milliers dimanche à Brest contre « la tentative de prise de contrôle hostile », par l’action combinée de la Confédération nationale de Crédit Mutuel et le groupe CM-CIC.

Ici du président-directeur général du groupe breton au salarié de base, c’est la même volonté qui s’affiche de défendre la seule banque à avoir ses centres de décision en région. Une unanimité de groupe qui fait des bonnets rouges et gris une exception dans le paysage bancaire comme les bonnets roses font, à l’inverse, figure d’exception dans leur démarche doublement contestataire.

René Perez
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